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Jérôme Pernoo, le violoncelle engagé

INTERVIEW – Le violoncelliste se produit en récital à Cénon avec le pianiste Jérôme Ducros, à l’occasion du 4e Concours de violoncelle Louis Rosoor, dont il est l’un des jurés.

Quelles sont les qualités du violoncelle ?
J.P. : D’abord, on peut tout faire avec cet instrument : de la musique de chambre, du concerto avec orchestre et en solo. Je trouve particulièrement intéressant qu’il soit l’instrument jouant la base de l’harmonie, le fondement d’une musique. C’est aussi un grand instrument romantique qui sait chanter… Mais bon, quand j’étais petit, ce ne sont pas ces arguments qui m’ont fait choisir le violoncelle (rires). J’avais le choix entre violon et violoncelle. J’avais remarqué que le premier se jouait debout. Je me suis dit que le violoncelle serait plus confortable !

Vous êtes juré au Concours Louis Roosor. En quoi un concours est-il important ?
J .P : Pour un jeune violoncelliste, le concours reste le moyen le moins injuste de se faire remarquer. Il doit aussi se dire que ce n’est qu’un jeu et qu’il ne doit pas trop se prendre au jeu. Si on réussit le concours, cela sert. Si l’on ne réussit pas, ce n’est pas grave. Ce sont des étapes d’éducation du musicien. Un concours est l’occasion de présenter un projet, de travailler un programme le mieux possible et de gérer la pression… Un bon apprentissage pour le moment où l’on vous demande de jouer deux minutes à la télévision ou à la radio.

Le Concours met l’accent sur le lien entre musiciens et compositeurs vivants… un thème qui vous est cher.
J .P : Au programme du concert de samedi, Jérôme Ducros et moi jouerons en effet du Schuman, du Beethoven et du Jérôme Ducros ! Jouer des compositeurs vivants fait partie de la vie du musicien. Je ne me sens pas investi d’une mission politique. Je suis juste admiratif de certains compositeurs. Je trouve leur musique belle, je la joue. Les grandes œuvres n’ont pas besoin d’être défendues politiquement. Quand on me propose de jouer un concerto, je suggère le Concerto pour violoncelle de Guillaume Connesson (compositeur invité de l’Orchestre National de Bordeaux cette saison, ndlr). Il l’a écrit pour moi : c’est comme mettre un costume sur mesure ! Et c’est une œuvre qui se transmet facilement au public et à l’orchestre.

Vous venez de créer à Paris le Centre de musique de Chambre. Pourquoi ?
J .P : Il manquait une structure pour faire jouer beaucoup de jeunes artistes en pleine maitrise de leur art. Ils ont besoin de jouer : ce Centre d’adresse à eux. Nous fonctionnons comme une troupe de théâtre avec un spectacle qui « tourne » sur plusieurs semaines. Nous donne une œuvre – cette semaine il s’agit de « La nuit transfigurée » de Schönberg – ou des extraits d’œuvres accompagnés de lectures. Le concert est court (moins d’une heure, ndlr) car je trouve important d’adhérer à la capacité de concentration des spectateurs. Sans mots, sans images, l’imaginaire et l’attention sont énormément sollicités. Quand on décroche, et ça nous est tous arrivé, la musique devint un papier peint, décoratif.

Le samedi 12 décembre, 20h30, Rocher de Palmer, Cénon (33). 10 à 17 €. 05 56 74 80 00.
Article paru dans Sud Ouest du 9 decembre.

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