Pierre Boulez, le provocateur bâtisseur pierre_boulezcdr - ©Philharmonie de Paris Full view

Pierre Boulez, le provocateur bâtisseur

DISPARITION – Pierre Boulez est mort le 5 janvier à l’âge de 90 ans à Baden-Baden en Allemagne où il résidait. Compositeur révolutionnaire, interprète sans concessions, il a transformé profondément la musique.

Immense musicien, Pierre Boulez n’était pas forcément connu du grand public français. Il était pourtant un monument de la musique du XXe siècle. le président François Hollande a salué celui qui  » a fait briller la musique française dans le monde ». Pierre boulez a transformé profondément la musique :

De nouvelles règles du classique
A la fin de la Seconde Guerre Mondiale, Pierre Boulez a vingt ans. Ce jeune homme plein de fougue veut faire table rase du passé. Avec des compositeurs comme Karlheinz Stockhausen (1928-2007) ou György Ligeti (1923-2006), il remet en cause les principes fondamentaux de la musique : l’harmonie, le rythme, le timbre… quitte à bouleverser les mélomanes par cette musique contemporaine. Proche des intellectuels comme Gilles Deleuze et Michel Foucault, il s’inspire des peintres Jackson Pollock ou Paul Klee qui cherchent eux aussi des formes nouvelles. Mathématicien de formation, il s’intéresse aux opportunités offertes par l’électronique et l’informatique. Il compose en 1955 « Le Marteau sans maître », et « Répons » en 1981, ses partitions les plus célèbres.

Un chef d’orchestre sans baguette !
C’est peut-être en tant que chef d’orchestre que Pierre Boulez a le mieux défendu la France à travers le monde. Sa manière d’interpréter la musique est à l’opposé de la tradition romantique. La direction de Boulez est précise, analytique, intellectuelle, et donne un coup de jeune aux grandes partitions françaises comme « La mer » de Debussy, ou les deux concertos pour piano de Ravel. En 1976, à Bayreuth, il donne « L’Or du Rhin » de Wagner dans une mise en scène politisée de Patrice Chéreau : une révolution. D’une grande gentillesse en privé, Pierre Boulez peut être en public un redoutable polémiste. Il avait appelé à « brûler les maisons d’opéra », formule tranchante qui signifiait une volonté d’en finit avec un certain amateurisme de la mise en scène. Théoricien sans concession il avait rejeté ses maîtres et traité avec mépris ses concurrents et certaines musiques comme le jazz, « de la musique de bars » dira-t-il.

Un grand bâtisseur
Pierre Boulez restera surtout un artiste bâtisseur. Sa grande influence politique lui permet de créer plusieurs institutions comme l’Ircam (Institut de recherche et de coordination acoustique/musique), bâti en 1977 près du Centre Pompidou. S’y croisent des compositeurs et des chercheurs travaillant sur de nouveaux logiciels comme sur l’isolation acoustique en automobile ! En 1995, la Cité de la musique rassemble un musée des instruments, l’un des plus fournis du monde, une médiathèque et des salles de concerts. En janvier 2015, le dernier rêve de Pierre Boulez voit le jour : une grande salle symphonique, la Philharmonie de Paris.

Article paru dans Le Parisien du 7 janvier 2016.

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