Philharmonie : dans le ventre de l’orgue Grand Orgue Philharmonie grande salle - Grand Orgue Philharmonie grande salle Full view

Philharmonie : dans le ventre de l’orgue

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REPORTAGE – L’orgue de la Philharmonie de Paris a été inauguré ce week-end. Nous l’avons visité.

Pour accéder à l’orgue de la Philharmonie de Paris il faut prendre… l’ascenseur ! Pas d’escalier en colimaçon comme dans une église. Celui-ci se situe à une dizaine de mètres au-dessus de la scène. Depuis l’ouverture de la grande salle parisienne en janvier 2015, les spectateurs ont pu voir en fond de scène 34 tuyaux suspendus sur un « nuage », un élément du décor en forme d’étagère. L’architecte de la Philharmonie, Jean Nouvel ne souhaitait pas que l’orgue entier soit visible. « Ces tuyaux-la sont factices, montre Michel Garnier, expert chargé d’harmoniser l’orgue (l’accorder) pour la firme Rieger, le fabriquant.

Appuyant sur un bouton, Michel Garnier ouvre les paravents et révéle un spectacle magique : 6055 tuyaux de toutes tailles, faits d’un mélange d’étain et de plomb, bien alignés dans leur immense coffrage de bois. Pour découvrir ce bijou de tradition et de technologie, nous sommes venus la nuit Porte de Pantin. Michel Garnier et son assistant Matthias Hollmann ne travaillent qu’après le dernier concert terminé, dans le silence absolu.

La console mécanique(c)Philharmonie-de-ParisLe buffet de l’orgue ressemble à ceux des églises : un pédalier, quatre claviers de 61 touches, flanqués d’une centaine de petits boutons. Ils actionnent les 91 jeux, 91 sons différents imitant la flûte, la trompette et d’autres au nom poétiques de « bourdon », « voix céleste », « grande fourniture ». « Un synthétiseur, en plus beau, résume Michel Garnier, des synthèses de sons par combinaisons de fréquences sonores. L’organiste peut les additionner à volonté. » Historiquement des petites mains tiraient les jeux pendant le concert. Moderne, l’orgue de la Philharmonie possède un combinateur électronique permettant d’enregistrer les jeux à l’avance.

L’orgue de concert ou orgue profane peut rivaliser avec un orchestre. Il n’en existe que trois en France, dont deux à Paris. L’autre, inauguré en décembre à l’auditorium de Radio-France, est plus petit que celui de la Philharmonie. Capable de remplir un immense volume sonore, ce dernier aura coûté autour de deux millions d’euros. On peut y jouer des œuvres contemporaines comme du Bach, être seul ou intégré à l’orchestre. « On amène alors une deuxième console mobile depuis les coulisses jusqu’à la scène. Elle pèse 700 kg », rigole Matthias en poussant l’énorme engin. On retrouve les claviers, le pédalier mais les boutons sont d’un design moderne. « D’ici on commande l’orgue tout là-haut et les trois moteurs de la soufflerie, via un câblage haut débit… Le wifi ce n’est pas sûre, rigole Michel Garnier. Peu de concert seront joués là-haut. Les organistes voudront être en bas. C’est plus valorisant. »

Michel Garnier prendra sa retraite une fois l’orgue de la Philharmonie accordé. Pendant des mois, il a coupé un à un les milliers de tuyaux pour obtenir la bonne hauteur de son. « Il ne faut pas trop couper! », s’amuse-t-il. L’inauguration a eu lieu le 6 février 2015. « Un moment important car il y toujours un souci, se rappelle-t-il. Une fois, l’organiste s’est arrêté en plein concert pour m’appeler : j’ai traversé toute l’église pour débloquer un jeu ! L’orgue a une mauvaise réputation, c’est un instrument maudit dit-on. En Allemagne, même les orgues profanes sont bénis… pour exorciser ! »

En grandes pompes ! Revoir le concert d’inauguration ? C’est là

Article parus le 6 février 2015 dans Le Parisien

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