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Génération Jean-Louis Agobet

INTERVIEW – Emotion pour Jean –Louis Agobet. Le compositeur et professeur au Conservatoire de Bordeaux va réentendre jeudi jouer sa pièce « Génération » par l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine. Cette pièce lui a valu en 2006, une Victoire de la musique classique.

L’histoire de « Génération » n’est pas commune…
J.L.A. : Oui ! Déjà par sa forme. Je l’ai écrite pour trois clarinettistes, à la suggestion du directeur de Présences, (festival de musique contemporaine, ndlr). Je n’avais pas imaginé écrite un Concerto pour trois clarinettes … car rien de tel n’existe dans l’histoire de la musique ! « Génération » nécessite une clarinette contrebasse, très rarement jouée. Et puis, cette pièce a été créée en 2002 à Strasbourg puis à Paris. Elle a fait l’objet d’un disque qui, chose exceptionnelle pour une œuvre contemporaine, a remporté le prix du « Disque de l’année » aux Victoires de la Musique classique. « Génération » a donc reçu un écho important. Je suis ravie de la réentendre à Bordeaux.

Quelle place tient « Génération » dans votre parcours ?
Une place très importante : c’est avec elle que j’ai trouvé mon style. J’appartiens à une génération de compositeurs (Jean-Louis Agobet est né en 1968, ndlr) qui ne pouvait pas écrire sans se demander comment telle ou telle chapelle allait juger la pièce. « Génération » est une synthèse de plusieurs styles : des formules répétitives comme chez John Adams ou Steve Reich, des blocs plus massifs inspirés de Iannis Xenakis, du contrepoint dans la lignée d’un Pierre Boulez.

Vous enseignez la composition instrumentale à Bordeaux… ca s’enseigne la composition ?
Je ne sais pas ! (rires) J’aide mes étudiants à mener leur projet de création. Je les encourage, c’est essentiel. Je peux être un détonateur mais je ne peux pas faire composer quelqu’un qui n’a rien à dire. Et puis, fondamentalement, on ne peut pas parler de musique. On ne peut parler que de questions techniques : de temps, de développement, c’est-à-dire comment faire avancer une idée musicale ou comment l’articuler avec une autre. En aucun cas je donne de conseils esthétiques : chaque compositeur a sa musique.

Vos étudiants sont-ils vraiment libres de choisir leur style ?
Leur génération – ils ont entre 20 et 30 ans – ne se situe pas dans une esthétique prédéfinie. Ils ne se battent plus avec un courant ou un autre. Ils mélangent des idées venues du cinéma, de la science. Ils font des synthèses et pour moi, tout passe par la synthèse. Et puis un compositeur doit pouvoir changer de styles dans sa vie : regardez Stravinsky qui a eu trois périodes très différentes. Le résultat pour ces jeunes ? Ils font une musique incroyablement originale.

Jeudi 25 février, 20h, auditorium de Bordeaux. 8 à 40 €. 05 56 00 85 95.

Article paru dans Sud Ouest du 23 février 2016.

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