TV – Les Victoires de la musique classique n’est pas une cérémonie réussie sans de bonnes audiences, des bons moments de musique, un bon rythme, pas trop de gaffe de la part de Frédéric Lodéon, des déceptions et… un petit scandale.

Bilan positif du côté des audiences. Les Victoires de la Musique Classique ont réuni à une heure de grande écoute 1,6 millions de téléspectateurs, pour 7,7 % de part d’audience. L’édition 2016 porte l’émission à son plus haut niveau en part d’audience depuis l’édition 2010.

Côté bons moments de musique, vous pourrez retrouver Nicolas Dautricourt, Bertrand Chamayou, Charles Castronovo, et les autres sur le Replay de France 3. Depuis la Halle aux Grains de Toulouse, l’Orchestre du Capitole de Toulouse et les Choeurs de Toulouse, sous la baguette de Tugan Sokhiev a relevé le defi qu’impose l’exercice : accompagner des musiciens de tous poils, de tous styles, qui passent devant votre orchestre à un rythme soutenu.

Adam Laloum interprète Mozart – Victoires 2016
Frédéric Lodéon a été plutôt sobre cette année ! Pas trop de commentaires graveleux, de conjectures sur l’état psychologique et sexuel de nos chers compositeurs disparus. On lui glissera que, contrairement à ce qu’il a affirmé à l’antenne, Pierre Boulez n’était pas encore mort quand la Philharmonie a été inaugurée et que le bâtisseur a pu voir «son œuvre» presque achevée, avant de mourir.

Il semble que le rôle de « la fille à côté de Frédéric Lodéon » soit l’un des plus difficile à jouer à la télévision française. Claire Chazal aurait dû, être, sur le papier, très à l’aise sachant qu’elle aime et écoute la musique classique et qu’elle connaît la télévision depuis des années. Pourtant (est-ce l’absence de prompteur ?), elle n’a pas semblée chez elle dans ce rôle, cherchant sa place : faut-il simplement « passer les plats », citer les noms sans les écorcher ? Ou commenter le plateau ? Quand elle confie qu’elle ne connaissait pas le cymbalum, je ne suis pas choquée mais qu’est-ce que ça apporte à la cérémonie ? Surtout que le passage avec ledit instrument était assez raté !

Les déceptions ? Le palmarès a heureusement salué Philippe Hersant, un grand compositeur humaniste. Si Bruno Mantovani avait eu le prix, j’aurai du aller sur scène avec une barbe ! Et bravo à Lucienne Renaudin-Vary la trompettiste «Révélation instrumentale», tout aussi jeune mais plus expérimentée que Camille. Même si j’adore le travail de Bertand Chamayou, j’aurai trouvé plus juste d’offrir à Adam Laloum la Victoire qu’il n’a pas encore eue, comme à Marianne Crebassa, superbe Mezzo ou encore à « Yes », le CD de Julie Fuchs qui a enchanté notre automne.

Quant au scandale ? C’est la jeune Elsa Dreisig qui l’a offert. La soprano élue Révélation lyrique s’est lancée dans un discours de non-remerciement qui a plombé l’ambiance. Elle ne voulait pas saluer sa famille, son agent, son prof de chant que sais-je de peur d’être « obéissante ». Elle est juste passée pour une ingrate. Elle a poursuivi par un speech pseudo militant sur la liberté artistique (« jamais je ne me soumettrai aux avis extérieurs ni aux certitudes toutes faites… qui ne peuvent que ruiner la création »). Elle a pourtant choisi l’un des arts les plus codés. Et Dieu sais que sur le parcours d’une jeune chanteuse lyrique, les avis extérieurs peuvent parfois être essentiels ! Au cocktail VIP qui suivit la cérémonie, Elsa Dreisif n’était entourée que de ses proches (à qui elle a enfin pu dire merci !) car les professionnels ne semblaient pas très prompts à saluer cette force de caractère. Peut-être que sa voix n’est pas à la hauteur de ses ambitions morales. Pourtant, elle est déjà une diva, non ?


E.Dreisig, J.Duffau et G.Andrieux interprètent Rossini – Victoires 2016

Mercredi soir sur France 3 et France Musique et depuis la Halle au grains de Toulouse.