Shakespeare et Mendelssohn en Afrique Répétition piano de Barbe Bleu AuditoriumOpéra de Bordeauxle 30 01 2014 - Répétition piano de Barbe Bleu Auditorium Opéra de Bordeaux le 30 01 2014 Full view

Shakespeare et Mendelssohn en Afrique

INTERVIEW – Tout le monde connaît : la « marche nuptiale » de Felix Mendelssohn ! Le compositeur a écrit ce tube des mariages à 17 ans, sous le charme du « Songe d’une nuit d’été », la pièce de Shakespeare qu’il venait de lire. L’année 2016 est « année Shakespeare » et son compatriote Paul Daniel, directeur musical de l’Orchestre national Bordeaux Aquitaine entend bien fêter le dramaturge en donnant l’intégralité de la partition de Mendelssohn. Il a demandé à Juliette Deschamps d’accompagner le concert de vidéos. La metteur en scène avait signé en 2014 une belle adaptation du «  Château de Barbe-Bleue » à l’Auditorium de Bordeaux. Rencontre

La vidéo est-elle un moyen de décomplexer la musique classique ?
J.D. J’en suis convaincue : la musique classique a tout pour toucher, elle parle encore et toujours de choses qui peuvent nous émouvoir. Quand j’illustre « Les Variations Goldberg » de Bach à l’Opéra de Montpellier ou « Le Songe d’une nuit d’été » à Bordeaux, la question est : qu’est-ce que je peux apporter ? Quelque chose de fort, qui pourra toucher ceux que cette musique, assez complexe, intimide. Il faut que la vidéo épouse la musique. S’il n’y a pas d’alchimie, cela ne sert à rien.

Pourquoi avoir choisi de tourner en Afrique ?
J.D. : J’avais déjà le projet de travailler sur Shakespeare en Afrique. Quand nous avons parlé du « Songe » avec Paul Daniel, directeur musical de l’Orchestre national Bordeaux Aquitaine, je revenais d’Angola. J’imaginais faire un « Roméo et Juliette » avec de jeunes garçons de Luanda, la capitale. Faire « Le Songe d’une nuit d’été » avec eux a une forme d’irréalité car leur environnement est très violent, très sauvage et très technologique. A cause de la manne pétrolière, Luanda est l’un des villes les plus chères du monde. Des bidonvilles sont installés au pied de gratte-ciels très chics. Le rapport entre les classes est exacerbé, le niveau de langue très différent d’une personne à l’autre… c’est aussi le cas dans Shakespeare. A la Biennale de Venise, j’ai pu voir une vidéo de Binelde Hyrcan, un artiste angolais qui a filmé des garçons jouant à être riches et parlant du CAC40, de leurs belles voitures, de leurs femmes italiennes, etc. Il y a dans ces garçons une force de création énorme.

Comment avez-vous travaillé avec ces garçons angolais ?
J.D : La contrainte du spectacle est que tout dialogue interféré avec la musique symphonique. Je suis donc partie sur un film totalement muet, ou presque. Il y a dans « Le Songe d’une nuit d’été », une mise en abime : le texte décrit une pièce de théâtre jouée par des acteurs amateurs, des bras cassés même ! J’ai pris ce texte, et donné à chaque garçon un personnage, masculin et féminin. Au début, ils se moquaient de celui qui devait mettre une robe et du rouge à lèvre. Puis, ils ont dépassé cette question du genre.

Vous mixez ces vidéos sur la musique jouée par l’orchestre ?
Oui, en temps réel, en me laissant une part de liberté dans le moment de diffusion de telle ou telle vidéo. Sauf pour la fameuse « Marche nuptiale » : là, je sais quelle vidéo je veux. Chaque spectacle est donc une proposition différente. L’œuvre de Mendelssohn le permet. Le compositeur n’a pris que quelques chapitres de la pièce, laissant le soin à un conteur de lier les parties les unes aux autres. Un texte non écrit… pour un metteur en scène c’est troublant (rires). « Le Songe » est un théâtre de l’invention, de la liberté. Tout est contrarié, tout est surprise. Partant de là, Paul Daniel, m’a laissé une grande liberté. Ma liberté est de donner une interprétation de l’œuvre comme d’aller en Afrique !

Jeudi 7 avril, 20h, auditorium. 8 à 50 €. 05 56 00 85 95. COMPLET. Article paru dans Sud Ouest du 5 avril 2016.

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