Philippe Jaroussky : « le public est plus exigeant » Philippe Jaroussky 3 (c) Simon Fowler – Erato Full view

Philippe Jaroussky : « le public est plus exigeant »

INTERVIEW – Le contre-ténor fait l’ouverture du festival Musique en Côte-basque avec les airs d’opéras italiens baroques qui ont fait de lui une star. Toujours ouvert aux projets audacieux, Philippe Jaroussky nous révèle son prochain défi…

Cet été vous avez annulé des concerts. Ca fait quoi de perdre sa voix ?
P.J. : J’ai eu une bronchite, ce qui m’arrive tous les 10 ans. J’ai déjà vécu cela en début de carrière car j’avais moins d’expérience et plus de stress. Cette fois-ci j’étais plus serein, même plus serein que mes fans sur Facebook qui semblaient très angoissés (rires). . Je préfère que le public soit déçu de ne pas m’avoir entendu que de m’avoir entendu. Et je ne veux pas en être esclave de ma voix, garder une vie normale… ou presque.

La voix de contre-ténor provoque-t-elle toujours de fortes réactions ?
La voix de contre-ténor montre un aspect différent de la sensibilité masculine. C’est une voix qui provoque toujours de fortes réactions – fascination ou rejet – car elle n’est pas « naturelle ». Mon succès fut une grande suprise. Même si j’envisageais déjà après le bac de faire une carrière dans la musique, je ne m’attendais pas à être si exposé. Je constate que les réactions évoluent. Pour preuve : cette nouvelle génération de contre-ténors qui émerge actuellement. Ces jeunes chanteurs peuvent davantage rêver à une carrière. L’époque est très ouverte : on n’a jamais autant chanté d’opéra baroque. L’expérience du public est plus riche : il éprouve toujours une fascination mais exige des qualités dramatiques.

Quel programme donnerez vous à Musique en Côte-Basque ?
C’est un retour à mes premières amours, des airs des premiers opéras, de Monteverdi à Steffani en passant par Cavalli. Les œuvres s’étendent de 1640 à 1680, quarante années d’une immense richesse musicale allant du comique au guerrier en passant par les lamentations. Je m’entoure de 12 musiciens et nous enchainons pièces chantées et pièces concertantes.

Le 29 juillet dernier aux BBC Proms de Londres vous avez chanté du… David Bowie !
Une belle expérience ! J’ai chanté « Always crashing in the same car » (voir vidéo plus bas) dans une version vaporeuse, un peu musique de film, très loin de l’original. J’ai accepté car Bowie me fascine. Il était androgyne mais sa voix ne l’était pas. Il avait besoin de ses incroyables costumes mais au fond il n’était pas si exubérant que cela. Ca me parle : chanter contre-ténor est une forme d’excentricité.

Vous aimez les chemins de traverse, comme la mélodie française. Est-ce bien raisonnable ?
C’est fatiguant d’être raisonnable (rires). Et je suis assez casse-coup… je vais prochainement faire Les Nuits d’été de Berlioz, tout le cycle ! (un cycle de mélodies pour ténor ou mes-soprano, ndlr). Je vais attirer les critiques, je sais mais c’est une envie irrépressible ! Je prépare ces Nuits depuis six mois. Elles comportent des grandes phrases, des parties qui se situent dans le bas-médium de la voix : cela demande une patine. Je dois travailler des choses que je ne fais pas souvent et paradoxalement, cela me donne plus de facilité dans le répertoire baroque. Chaque style demande une grande anticipation. Quand je dois chanter un grand opéra de Mozart, je ne m’y mets pas deux semaines avant ! Pour Berlioz, je me donne un an avant de chantes Les Nuits d’été sur scène.

Le 2 septembre, 20H30, église de Saint-Jean-de-Luz. 25 à 60 €. Festival Musique en côte-basque jusqu’au 18 septembre.

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Article paru en partie dans Sud Ouest dimanche 31 aout

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