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Critique / Marc Minkowski séduit son public bordelais

COMPTE-RENDU – Ouverture enthousiasmante de la saison de l’Opéra de Bordeaux samedi avec « Les Voyages de Don Quichotte ».

« On n’a jamais deux fois l’occasion de faire bonne impression » dit l’adage. Tel était le défi de Marc Minkowski ce samedi : séduire son public bordelais. Il l’a relevé sans nul doute avec « Les voyages de Don Quichotte », spectacle enthousiasmant par l’association d’une belle exigence artistique et d’une ambiance décontractée. Si la proposition a dérouté les habitués (le spectacle n’affichait pas franchement complet), le public de samedi repart enchanté.

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Avec « Les voyages de Don Quichotte », Marc Minkowski, nouveau directeur de l’Opéra de Bordeaux, a posé la barre haut : mobiliser toutes les forces de la maison, (choeur, orchestre et ballet) dans des styles et des musiques différents : les chansons « Don Quichotte à Dulcinée » de Ravel, le poème symphonique de Richard Strauss, « Les tréteaux de maître Pierre » de Manuel de Falla et des extraits de l’opéra « Don Quichotte » de Massenet. Il a même ouvert la soirée avec un petit extra : « La Quête » de Jacques Brel. Chantées avec vibrato par Anna Bonitatibus, les premières mesures de cette chanson m’ont fait retenir mon souffle : bon gout ou mauvais ? Mais la profondeur des paroles, et l’accompagnement délicat à la guitare (le bordelais François Chappey) ont fait fondre les résistances et me voilà embarquée !

LES VOYAGES DE DON QUICHOTTE Répétition Générale le 15 09 2016 OPERA NATIONAL de BORDEAUX FREDERIC DESMESURE/PHOTOGRAPHELe personnage de Don Quichotte n’est pas un prétexte mais un véritable fil conducteur. Il est incarné dès les premières minutes par le baryton Andrew Foster-Williams : une voix et une diction impeccables dans les chansons de Ravel qu’il partage avec le baryton Alexandre Duhamel, excellent Sancho Panza, à la voix puissante et sensuelle. On passe de l’humour et la dérision à Richard Strauss par l’Orchestre national Bordeaux Aquitaine dirigé avec précision par Paul Daniel. Dans les « Variations fantastiques sur un thème de caractère chevaleresque » de Strauss, c’est le violoncelle qui incarne Don Quichotte. Placé tel un soliste, habillé comme Foster-Williams en pantalon de toile et pull bleu ciel usé, le violoncelliste Alexis Descharmes (photo ci contre) a offert un prestation d’une bouleversante intensité. L’Orchestre National Bordeaux Aquitaine a bien fait de le recruter en janvier au poste de violoncelle solo ! Il dialogue avec l’altiste Nicolas Mouret, lui aussi très engagé. Au dessus d’eux, les vidéos de Bertrand Couderc déroulent discrètement l’histoire, sans étouffer la musique : des paysages agricoles de la Mancha (région espagnole d’où vient Don Quichotte) nous offrent des éoliennes en guise de moulins, des ballot de paille plastifiés pour les moutons, des usines désaffectées pour les châteaux imaginaires.

Après dix minutes d’applaudissements et quelques bouteilles distribuées aux solistes par un Marc Minkowski jovial, le millier de spectateurs de l’Auditorium traverse le cours de l’Intendance en suivant l’âne d’un jeune Sancho en armure de carton, le cheval de Don Quichotte. Petit moment de théâtre de rue chic ! Les V.IP. (Patrick Poivre d’Arvor, Mathieu Galet, Jacques Toubon) comme les spectateurs prennent des photos de ces drôles de créatures.

LES VOYAGES DE DON QUICHOTTE Répétition Générale le 15 09 2016 OPERA NATIONAL de BORDEAUX FREDERIC DESMESURE/PHOTOGRAPHEUne heure plus tard, ce petit monde se retrouve sous les ors du Grand-Théâtre. Avec « Les Tréteaux de Maître Pierre » de Manuel de Falla, l’intensité reprend. L’oeuvre est plus sombre que les paysages lumineux de Strauss. Un jeune garçon vient raconter un chapitre du roman de Cervantès dans un parlé-chanté au charme désuet, souligné par la projection du film « Don Quichotte » de Georg Wilhelm Pabst de 1933. Comme un équilibriste sur un fil, le chef Pierre Dumoussaud (voir notre portrait), qui était l’assistant de Paul Daniel à l’ONBA, dirige une poignée de musicien, un clavecin et le jeune chanteur. On retrouve Andrew Foster-William, toujours aussi poignant, rejoint par son fidèle Sancho Panza (Alexandre Duhamel) pour le dernier tableau de la soirée : « Don Quichotte » de Massenet.

Faute de temps, seuls des extraits sont donnés et l’on perd parfois le fil. Dulcinée est une prostituée en robe moulante vert cru et chante avec le chœur, des habitués d’un café. On croit voir le premier acte de « Carmen » (Massenet aurait-il jalousé le succès de Bizet ?). Côté scénographie, c’est une pâle évocation des succès de Pina Bausch : « café Müller » pour le pas de deux des danseurs du Ballet et « Kontakthof » pour la circulation du chœur. La chorégraphe Bianca Li manquerait-elle d’inspiration ? La musique de Massenet est dirigée par Marc Minkowski lui-même. Il aime cette musique, la conduit avec souffle et émotion et nous la fait aimer facilement. Il monte sur scène avec tous les musiciens, chanteurs, danseurs, toute une maison heureuse. On jubile de voir une telle ambiance à Bordeaux.

Jusqu’au 25 septembre, auditorium et Grand-Théâtre. 27 à 112 €. 05 56 00 85 95. Photos ©ONB-F.Demesure

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