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Bordeaux : La Tempête ne nous ébouriffe pas

DANSE – « La Tempête » du chorégraphe Mauricio Wainrot a déferlé sur le Grand-Théâtre de Bordeaux. Le public est toujours très enthousiaste et applaudit chaleureusement son cher Ballet de l’Opéra National de Bordeaux. La critique musicale, moins !

Je ne suis pas ressortie ébouriffée par cette « Tempête » ! J’y allais avec une joyeuse curiosité, ayant été maintes fois envoutée par les chorégraphies sur des musiques de Philip Glass. L’Argentin Wainrot a choisi pour raconter la pièce de Shakespeare un « pot pourri » de compositions du compositeur américain du courant dit « minimaliste ».  Le chorégraphe a mélangé des musiques de film avec des extraits d’œuvres des années 1970, plus d’avant-garde, comme « Einstein on the Beach ». On passe par exemple de la mélodies très mélo (!) de « The Hours » à l’inspiration indienne de « Koyaanisqatsi ».

Ceux qui pensent encore que Philip Glass a toujours écrit la même chose en seront pour leur frais. Il est bien difficile de trouver une unité dans tout cela ! S’il en est une, elle se trouve dans l’utilisation particulière des rythmes chez Glass, des rythmes réguliers, d’un tempo plutôt allant, andante ! Ces rythmes se marient idéalement avec des gestes lents… comme l’avait fait Lucinda Childs avec « Einstein on the Beach ». Pour sa « Tempête », créée en 2006, Wainrot a pris le contrepied avec des gestes larges et les mouvements marquant l’agitation. La comparaison avec Child est très douloureuse quand Wainrot met en scène deux clowns nerveux pour danser sur l’extrait « These are the days my friends » d’Einstein on the Beach. Provocation de la part de Wainrot ? Le poids du passé trop écrasant ?

Seule Vanessa Feuillatte tire son épingle du jeu. Le chorégraphe a eu la bonne idée de confier le rôle d’Ariel, « esprit de l’air » chez Shakespeare, à une danseuse et trois danseurs. Voilà qui lui donne l’occasion de dessiner quelques portés à quatre, originaux et convaincants. Vanessa Feuillate vibre, sourit et exprime le rôle qu’elle incarne. A la différence de ses camarades du Ballet qui ne semblent pas assez à l’aise dans cette chorégraphie pour provoquer l’émotion. Cette chorégraphie très narrative leur donne peu l’occasion d’illustrer le merveilleux et la violence que Shakespeare a écrite dans sa « Tempête ». Où est la tension dramatique ? Quand Prospéro casse son bâton et renonce à la magie noire, nos ventres ne se nouent pas.

Jeudi 10 novembre au Grand-Théâtre de Bordeaux.

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