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Virage romantique réussi pour Pygmalion

COMPTE-RENDU – L’ensemble dirigé par Raphaël Pichon présentait dimanche « Elias » un oratorio de Mendelssohn à l’Opéra de Bordeaux. Un répertoire qui sied superbement à la fougue de Raphaël Pichon et son ensemble.

Petit à petit, l’ensemble Pygmalion étend sa toile, ou plutôt son répertoire. Cet ensemble spécialisé dans la musique baroque et fondé par Raphaël Pichon a fait sa réputation avec la musique de J.S. Bach : les Messes, les motets ou encore les Passions. Puis Pygmalion a montré ses talents dans le répertoire lyrique avec notamment un pétillant « Dardanus » de Rameau à l’Opéra de Bordeaux en 2015.

La recette Pichon est un mélange d’hommage rendu à ses aînés (il aime recruter des chanteurs qui travaillent régulièrement avec Philippe Herreweghe, expert en cantates de Bach) et de fougueuse jeunesse. Il était donc totalement dans son élément avec « Elias » de Mendelssohn (1809-1847) : ce dimanche à Bordeaux, le chœur et les musiciens ont pris avec succès ce nouveau virage stylistique qu’ils préparent depuis plusieurs programme et plusieurs disques (voir ici).

Cet oratorio romantique pourrait sembler loin de la musique de Bach… et pourtant. « La découverte des passions de Bach et des oratorios de Haendel a une grande importance, une grande influence sur Mendelssohn », a rappellé Raphaël Pichon à propos de ce programme. Le compositeur romantique a même beaucoup fait pour la redécouverte des œuvres de cette période dite « baroque » : Felix Mendelssohn a dirigé  La Passion selon saint-Mathieu de Bach, une œuvre quasiment oubliée depuis la mort du grand Johann-Sebastian Bach en 1750.

degout_stephane_pc_julien_benhamou_c_300dpiMême dans la musique religieuse, Pichon et Pygmalion cherchent les contrastes et le théâtre. Le chef exige de son coeur la « même rhétorique que dans Bach, cette même manière de traiter le texte pour le rendre palpable et théâtrale », dixit Pichon. Le très bon pupitre masculin rivalise avec des voix féminines captivantes comme celles des altos Lucile Richardot et Cécile Pilorger.  Ce large chœur se révèle dans les passages vifs de la partition : dans l’air « Baal écoute-nous » vous secoue de frissons.

A ce choeur énergique – ou angélique quand il le faut – répondent d’excellents solistes. Le génial baryton français Stéphane Degout (photo) incarne le prophète Elie. Il parvient à suivre le tempo sportif de Pichon dans « La parole du Seigneur n’est-elle pas comme un feu ? », chapeau !  Stéphane Degout choisit de le traiter comme l’Evangéliste dans Bach… oubliant peut-être le personnage haut en couleurs qu’est Elias, nourri par des corbeaux, et montant au ciel « sur un char de feu ». La langue et la voix sont tellement belles qu’on est conquis(e) de toute façon. Idem pour ses compagnons : le ténor Robin Tritschler qu’il faudra absolument réentendre dans un rôle plus important ou encore Judith Fa et sa voix d’ange. La soprano Julia Kleiber et la mezzo Anaik Morel sont moins convaincantes dans leur jeu, parfois trop dans la séduction… cette séduction qui est peut-être, dans le répertoire sacré, le péché mignon de Pichon !

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