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Ensemble Correspondances : Noël pour une mécène

document-du-disque-3149020224724-2CD – Le nouveau disque de l’ensemble Correspondances met en avant la riche relation qui liait le compositeur baroque Marc-Antoine Charpentier et sa mécène Marie de Guise. Explications avec Sébastien Daucé, directeur musical de l’ensemble.

Marie de Guise est l’une des grands mécènes de l’époque baroque. Cette héritière de la maison de Guise a soutenu La Fontaine, Corneille et Marc-Antoine Charpentier (1643-1704). L’ensemble baroque Correspondances a mis ce compositeur au cœur de sa discographie, et son dernier enregistrement (paru en décembre 2016 chez Harmonia Mundi) est consacré à sa Pastorale de Noël, une pièce qui doit beaucoup à la vie de sa mécène.

Dieu et la musique
« Marie de Guise était une femme forte, humaniste, possédant des capacités intellectuelles supérieures et une indépendance d’esprit, explique Sébastien Daucé, le directeur de l’ensemble Correspondances. Elle a deux passions : Dieu et la musique. » Marie de Guise ne chante ni ne joue d’un instrument mais elle est une grande mélomane. Ayant grandi en Toscane, où la famille de Guise est exilée après la Fronde, elle est férue de musique italienne et avide de nouveautés.

Dans son hôtel parisien (l’actuel hôtel des Archives Nationales dans le Marais), Marie de Guise emploie des musiciens. « Dans les comptes de la maison, les chanteurs de Charpentier sont inscrits comme palefrenier ou femme de chambre, nous apprend Sébastien Daucé. Exerçaient-ils vraiment cette fonction ? On ne sait pas. Par contre on sait exactement qui chantait car Charpentier inscrivait leurs noms sur les partitions. » Au fil des compositions, les musiciens de Correspondances ont ainsi pu deviner le profil vocal de leur prédécesseur. « Si Charpentier confie un solo à mademoiselle Grand-Maison, première femme de chambre, c’est sûrement dans la tessiture où elle est la meilleure, explique le chef baroque. Chez nous, mademoiselle Grand-Maison c’est Lucille Richardot ! »

De 1670 à 1688, Charpentier sera nourri, logé, soutenu par Marie de Guise. « En tant que mécène, elle est d’une grande délicatesse : directive mais pas intrusive. Elle suggère par exemple à Charpentier d’écrire sur les figures féminines de la Bible… mais il écrit ce qu’il veut. » Marie de Guise se garde bien d’entrer en compétition avec les commandes musicales de la Cour de Louis XIV. Alors que Charpentier n’est pas apprécié dans l’entourage du Roi, elle le soutient sans retenue.

La fin de la lignée
En 1675, la famille de Guise perd le petit Louis-Joseph, dernier héritier mâle de cette lignée. La figure de l’enfant Jésus prend une place considérable dans la piété de la famille. Charpentier écrit la « Pastorale sur la naissance de Notre Seigneur Jésus-Christ », dont l’ensemble Correspondances offre une interprétation dans ce nouveau disque. A la croisée des genres profane et sacré, du populaire et du savant, de l’ingénuité et de la gravité, cette Pastorale de Noël est d’une grande audace pour son époque.

« Grace à l’intelligence de ses choix en tant que mécène, Marie de Guise a gagné sa postérité dans l’Histoire, alors qu’elle est insignifiante politiquement. Les conditions matérielles confortables qu’elle a offertes – à commencer par du papier et de l’encre pour copier des partitions – ont aussi permis à Charpentier d’avoir une belle place dans le panthéon de la musique française. »

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