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Les Dissonances, l’orchestre au grand cœur

REPORTAGE – L’orchestre Les Dissonances organise une saison de concerts pour les SDF dans une église du quartier des Halles à Paris. J’ai assisté à celui du 16 décembre.

dg6-light-benoit-linero-800x1200« J’habitais rue Saint-Denis à Paris. Je n’en pouvais plus de voir des gens dormant dans la rue. Cela me révoltait. » Le violoniste David Grimal fronce son grand front en se souvenant des débuts de l’Autre Saison en 2003. Cette saison de concerts au profit des sans-abris est née d’une révolte que beaucoup d’entre nous ont déjà ressentie. « Un ami m’a parlé de l’église Saint Leu-Saint-Gilles qui soutient les prostituées du quartier et où les sans-abris peuvent recevoir leur courrier. C’était à côté de moi… J’ai dit : « On va faire un concert ! ». David Grimal trouve d’autres musiciens classiques de haut niveau, prêts à jouer bénévolement.

Depuis le premier concert à l’hiver 2003, une association a été créée, Les Margéniaux, et 53 concerts organisés. Le groupe de musiciens est devenu Les Dissonances, l’un des meilleurs orchestres indépendants de France, programmé régulièrement à la Philharmonie de Paris. Les Dissonances ont une particularité : ils jouent sans chef. « Jouer pour des sans-abris c’est trouver le chemin vers les autres. C’est la même philosophie que de jouer sans chef. Ca décloisonne, ça dé-hiérarchise », résume David Grimal.

La notoriété des Dissonances a fait beaucoup pour l’Autre Saison. Des stars, comme la soprano Natalie Dessay, sont venues jouer à Saint-Leu-Saint-Gilles. La semaine dernière, neuf musiciens du prestigieux Orchestre de Paris y ont joué Mozart et Gershwin devant 200 personnes.

v5b34851-1600x106615 000 € récoltés pour soutenir la réinsertion
L’entrée du concert est gratuite. Les spectateurs glissent un billet dans une boîte à la sortie. Anne, une spectatrice parisienne est venue « par curiosité et par ce que l’idée est très belle. Ça change d’un concert juste pour se faire plaisir. »

Plus de 15 000 euros ont été ainsi récoltés la saison dernière. Ils soutiendront la réinsertion. « Je ne voulais pas de charité, explique David Grimal car elle maintient les gens dans la rue. Je voulais quelque chose d’exigeant, comme la musique savante. Cette musique devait avoir un effet fort, pour aider les sans-abri à se reprendre. » L’argent récolté va à des personnes « qui ont un projet, nous explique Yves Tuloup, président des Margéniaux. On finance un vélo pour se rendre au travail, des vêtements pour passer un entretien et même une formation. Pour identifier les projets solides, nous travaillons avec Aux Captifs la libération, une association qui accompagne les gens de la rue. »

Dans les derniers rangs du concert se glisse une sans-abri, son grand sac plastique de supermarché à ses pieds. Elle restera le temps d’un quintette de Mozart et d’un autre de Richard Strauss… « Pour beaucoup ce n’est pas facile de rester tout le concert, nous explique David Grimal. Ils sont souvent fatigués, sales et avinés. Ils se cachent. » « J’ai invité vingt copains de la rue. Une seule est venue », confie Kenny, 32 ans, un peu déçu. Il sait que l’hiver, pour avoir une place dans un centre d’accueil, les SDF s’y présentent à 19h, bien avant le début du concert. Ancien de la rue, Kenny prépare le buffet d’après concert. « Le classique ? C’est chanmé !, s’enthousiasme-t-il. Si si on m’avait proposé ça quand j’étais dehors, je serais venu. »

Prochain concert de l’Autre saison : 13 janvier.


Article paru le 25 décembre 2016 dans Le Parisien.

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