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Les racines classiques de Nina Simone

Sonia Wieder-Atherton © Marthes Lemelle

INTERVIEW – Dans « Little Girl Blue » la violoncelliste classique Sonia Wieder-Atherton rend hommage à Nina Simone.

Sonia Wieder-Atherton est une artiste classique atypique. Avec son violoncelle profond et envoûtant, elle chante. Et crée des spectacles qui interrogent le monde par le bais de la musique : l’identité, la féminité, le voyage, l’exil sont ses thèmes de prédilection. Elle reprend jeudi à Bordeaux « Little Girl Blue », un spectacle créé au Festival de Saintes en 2014, qui rend hommage à Nina Simone. Accompagné par le piano jazz de Bruno Fontaine et par les percussions de Laurent Kraif, le violoncelle de Sonia Wieder-Atherton chante les mélodies immortalisées par Nina Simone. Rencontre avec la violoncelliste.

Votre spectacle souligne combien l’art de Nina Simone est lié à la musique classique…
S.W.A : Le classique est là tout le temps ! On entend Mozart dans « Little Girl Blue », Couperin dans « Fodder on my Wings », Rachmaninov dans « Stars ». Ce lien avec la musique classique est particulier à Nina Simone. Elle aurait dû être pianiste concertiste. Elle travaillait au clavier six heures par jour : quand elle s’accompagne au piano, avec cette voix rauque fantastique, elle a tout ce répertoire classique dans les doigts.

Pourquoi n’est-elle pas devenue concertiste ?
S.W.A : A une audition, on demande à ses parents de quitter le premier rang car ils sont noirs… C’est sans doute à cause de sa couleur de peau que Nina Simone a été écartée du Curtis Institut de Philadelphie (prestigieuse école de musique, ndlr). C’est ainsi qu’elle commence à jouer dans un bar à Atlantic City. Le patron lui demande de chanter, en plus de jouer au piano. Elle invente sa matière à elle, avec des harmoniques piochées dans le répertoire classique. Mais pour sa mère, très religieuse, le jazz est «la musique du diable». Nina Simone a inventé une langue à partir d’interdits. C’est extraordinaire.

Qu’est-ce qui vous touche le plus chez Nina Simone ?
S.W.A :Ce sont les moments sur scène où elle semble attendre quelque chose, elle est presque accroupie. Elle contrôle le chant, l’émotion qui monte… et d’un coup ça éclate ! Je crois que, dans ce moment de contrôle de l’émotion, J.S. Bach lui vient en aide. La musique de Bach, avec son côté ritournelle, rituel, permet d’avancer quoiqu’il arrive. C’est le contraire du lyrisme et du romantisme.

Vous aussi vous « composez » votre propre langage ?
S.W.A : Je ne me pose pas la question. Et je ne fais pas non plus du Nina Simone. J’essaie de saisir quelque chose dans chaque chanson. Par exemple dans « Little Girl Blue », c’est le côté opéra qui m’a frappée. J’ai poussé cette idée avec mon violoncelle, comme si je dialoguais avec Nina Simone. Puis je transmets cette idée à mes complices, Bruno et Laurent. Je ne fais pas ces spectacles pour laisser quelque chose, c’est ma manière de convoquer la musique. Je porte mon regard sur le monde, je vois des choses… je ne peux pas fermer les yeux et faire un concert. Ce ne sont pas deux mondes isolés !

Vendredi à Bordeaux vous rendrez hommage à une autre artiste…
S.W.A : La cinéaste Chantal Akerman dont j’ai été très proche. J’interviens dans la soirée de clôture de l’hommage que lui rend le cinéma Utopia. Ces derniers temps je suis restée distante de tout cela, j’ai freiné… Je ne parlerai pas. Je vais juste jouer.

Jeudi 9 février, 20h auditorium. 8 à 30 €. 05 56 00 85 95.

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