Compte-rendu : réjouissant « Sol » de Blai Soler créé par l’ONBA 7D309467-742D-40C4-87C8-444EADAD71CE Full view

Compte-rendu : réjouissant « Sol » de Blai Soler créé par l’ONBA

COMPTE-RENDU et PORTRAIT – Dix minutes d’applaudissements et des visages réjouis dans le public et sur la scène : la musique contemporaine séduit !

L’ONBA a fait entendre jeudi 2 mars la première mondiale de « Sol » de Blai Soler. Né en 1977, cet Espagnol formé à Londres appartient à une génération de compositeurs qui fusionnent deux courants divergents : l’âpre atonalisme européen (Boulez, Ligeti) et l’Amérique séduisante et colorée d’un John Adams. Tout comme Dvorak et son « Nouveau Monde », également donné hier soir ! Mais il ne suffit pas de réconcilier, encore faut-il mener cette union des formes à un haut degré d’émotion et d’inventivité. Soler y réussit pleinement.

N’en déplaise à Robert Pierron, auteur des notes de programme de l’Opéra, « Sol » n’évoque pas le soleil. Cette pièce en deux mouvements s’articule autour de la note de sol. Les notes voisines s’y agrippent et s’en détachent pour former de larges tourbillons ascendants. Les trouvailles de Blai Soler sont réjouissantes comme ces coups de semonce réalisés avec des contrebasses, des trompettes et une grosse caisse. Le large effectif de l’orchestre est mobilisé et complété par un catalogue de percussions : marimba, grosse caisse, crécelle, tambour, tambourin. Elles font parfois un peu gadget à côté du solide travail des timbres qui prend l’auditeur au ventre. Les musiciens et leur chef Paul Daniel étaient au meilleur de leur forme.

Plus tôt, la douzaine de musiciens emmenés par Dominique Descamps dans la « Sérénade » de Dvorak étaient majestueux. Bonne nouvelle : ce programme fera l’objet d’un CD à paraitre aux éditions Actes Sud.

Portrait de Blai Soler
« J’ai toujours composé, même avant d’apprendre à jouer du violon ! », se souvient Blai Soler, compositeur né en 1977 à Barcelone et auteur de « Sol », créé le 2 mars par l’Orchestre national Bordeaux Aquitaine et son chef Paul Daniel. Derrière le nom de cette partition, « Sol », il ne faut pas imaginer le soleil (« sol » en espagnol) mais bien la note de sol autour de laquelle il a construit son œuvre. Cette pièce lui aura pris deux ans de travail « dont un an et demi avant d’écrire la première note, s’amuse Blai Soler. Je compose vite mais j’ai du mal à être satisfait de mon travail. J’avais écrit des bribes, même avant que la commande de l’ONBA ne vienne. » L’Orchestre de Bordeaux lui a laissé une vrai liberté, ce quie n’est pas toujours le cas. « A Londres (où il habite depuis 1996, ndlr), on m’a posé davantage de contraintes, des références à un thème ou un style par exemple, pour séduire le public. Les contraintes ont aussi du bon mais je suis très heureux de cette liberté. »

Durant une vingtaine de minutes, « Sol » se développe en deux parties. La première dramatique joue de la tension et d’un point culminant. « Quand je compose j’ai parfois le sentiment que les lignes musicales sont des personnages, des acteurs. Elles sont vivantes pour moi. C’est comme si je voyais « Macbeth » de Shakespeare ! » La deuxième partie joue à contrario de la lenteur, de la distorsion, d’une harmonie qui évolue imperceptiblement à la faveur d’une seule note qui change.

Pour obtenir un tel résultat, il faut épurer. « La structure fondamentale de la pièce peut apparaître mais elle est souvent invisible. Avant d’obtenir une pièce finie, il faut éliminer 80 % de ce qui été écrit. » Blai Soler a suivi en cela les conseils de son illustre professeur, le Britannique George Benjamin qui a émerveillé la critique en 2012 avec son opéra « Written on skin ». « Je n’aime pas la facilité dans la musique. La création doit être un défi pour le compositeur et le public. Benjamin a montré que l’on pouvait être moderne tout en touchant le public. Comme lui, j’essaye d’être aussi expressif que possible. »

Articles parus dans Sud Ouest du 2 et 3 mars 2017.

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