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Christophe Coin : « Bach n’est pas une musique à écouter la tête dans les mains »

INTERVIEW – Figure de la musique baroque, le violoncelliste interprète au Bouscat les Suites de Bach qu’il n’a pas jouées en France depuis 2011. Rencontre.

Jouez-vous les Suites de Bach tous les jours, comme une gamme ?
C.C. : C’était le cas il y a quelques années. Je les jouais très souvent. J’ai eu depuis d’autres envies musicales mais je les retrouve avec plus de plaisir encore. Je peux dire de ces Suites qu’elles ne me travaillent plus au niveau de la pensée… mais je ne les perds pas de vue. Je pense que je les enregistrerai avant de quitter ce bas monde. Il faut le faire au moins une fois dans sa vie !

Avec quels instruments jouerez-vous vendredi soir ?
Avec un violoncelle italien et un violoncelle piccolo hollandais du XVIIIe siècle, montés avec des cordes en boyaux pour obtenir un son historiquement plausible. Le piccolo sert pour la 6e Suite écrite pour un instrument à cinq cordes alors que le violoncelle n’en a que quatre. C’est un intermédiaire entre la viole de gambe et le violoncelle. Bach et Vivaldi ont écrit plusieurs œuvres pour cet instrument. Cette 5e corde est comme une voix d’enfant ou d’adolescent. Le contraste avec la 6e Suite est frappant : la 6e est plus lumineuse.

Vous avez joué ces Suites avec le danseur Rudolf Noureev. Quelle souvenir en gardez-vous ?
Quand je les joue, je me remémore les moments de travail avec Noureev pour visualiser le geste musicale, tel il l’avait incarné dans l’espace… c’est comme dessiner les pleins et les déliés mais avec un archet. L’aspect dansant de ces Suites est essentiel pour moi. Ce n’est pas une musique à écouter la tête dans les mains. Ca reste de la danse, même si elle est stylisée.

Réactions d’après concert, par France Debès

Christophe Coin de Tarzan à Racine
Christophe Coin ne choisit jamais la facilité et construit son programme comme aucun autre interprète. Trois suites de Bach que personne n’enchaîne dans cette rigueur (Les n°1, 5 et 6 avec deux violoncelles et trois accords différents), et une échappée pour un ricercare de D. Gabrielli pionnier des œuvres pour violoncelle seul le constituent. Christophe Coin expose l’œuvre sans aucun artifice. Pas d’enflure, de hoquet, de rubato, de maniérisme. Il construit la phrase dans la logique même du langage de Racine, pas un mot de trop. Il est dans l’absolue simplicité. Il choisit les cordes, les doigtés pour leur timbre, pour leur sens, jamais par facilité. Un son est une couleur originale qu’il ne peinturlure pas.
La phrase ? Il la lance comme Tarzan au bout de sa liane se projette de branche à branche. Le balancement est garanti, la direction est lisible. On respire avec lui, on est au rendez-vous. Aucun vibrato ne vient polluer la note finale, évanouie dans une pureté sidérante. C’est organisé, construit comme des alexandrins. Jouer ces suites n’est pas un prétexte à étaler son ego; il ne bronche pas, ancré dans une verticalité souveraine. Et quand il aborde la sarabande de la 5e suite, fragile, sombre, couramment égrenée en gouttes d’eau, lui, rend à la phrase sa rhétorique originale; et soudain le sens est au-delà du sens. Le respect des usages d’époque n’est plus une condition, mais une nécessité et le public en grande partie connaisseur lui a manifesté sa reconnaissance depuis longtemps acquise.Un bis original, transcription personnelle d’une ouverture de cantate de Bach, a signé la rareté du moment partagé.

Vendredi 31 mars à Ermitage-Compostelle au Bouscat.

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