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Livre : « Un été à quatre mains » entre Franz Schubert et Gaëlle Josse

LIVRE – Gaëlle Josse est-elle une flemmarde ? Ses livres ne sont jamais très longs ! C’est plutôt que son style épuré est surprenant de justesse : en quelques mots elle laisse émerger les sentiments, les parfums et les non-dits. Elle aime la musique et c’est bien notre chance car elle sait merveilleusement bien en parler ou plutôt ne pas en parler car il est toujours un peu vain d’écrire sur la musique (je sais de quoi je parle !). Pour décrire le silence, l’écrivain a le choix d’écrire des pages ou, comme Nancy Huston dans « Les Variations Goldberg », de laisser quelques lignes de blanc sur la page de son livre. Gaëlle Josse n’écrit pas, tout simplement. Et, comme dans la musique, ces silences infinies et presque invisibles soutiennent le texte et la composition.

Déjà ce style m’a enchanté dans « Les Heures silencieuses ». Déjà s’y glissaient des musiciens et des mélomanes. Son dernier opus, « Un été à quatre mains » nous transporte en 1823 auprès de Franz Schubert, le temps d’un été très chaud en Hongrie chez le comte Esterhazy. La fille de ces riches mécènes, Caroline, 19 ans, est sensible et musicienne, deux qualités qui touchent notre Franz au cœur. Mais bon, un compositeur sans le sou, qui semble mal-à l’aise en société, on ne va surement pas lui confier une jeune fille de bonne famille ! La poésie lutte contre les convenances et Schubert compose des pièces à quatre mains pour sa jeune élève. C’est le seul moyen de pouvoir effleurer sa main.

Un été à quatre mains, Ateliers Henri Dougier, 8,90 € – 96 pages

Gaëlle Josse
Venue à l’écriture par la poésie, Gaëlle Josse est l’auteur de plusieurs romans, très remarqués par les lecteurs et par la presse : Les heures silencieuses, Nos vies désaccordées (prix Alain-Fournier, prix national de l’Audio Lecture), Noces de neige, Le dernier gardien d’Ellis Island (prix de Littérature de l’Union européenne), L’ombre de nos nuits (prix France Bleu/Page des Libraires)…

EXTRAIT
Chapitre 1
Le meunier :
Quand un cœur fidèle
Se meurt d’amour,
Les lys se fanent
Dans tous les jardins

(« Le meunier et le ruisseau »,avant‐dernier lied du cycle La Belle Meunière)

À Zseliz, en Hongrie, mai 1824
On chante. Ça vient des cuisines. La voix est fraîche, légère, fruitée. Insoucieuse. Franz tend l’oreille, s’arrête un instant devant la porte en bois à double battant. Il voudrait entrer, s’asseoir à la longue table commune à laquelle, il y a six ans, il prenait ses repas, demander une tasse de café, et aussi une tranche de ce pain frais juste sorti du four, dont le parfum arrive jusqu’à lui. Il n’a rien mangé à son arrivée hier soir, et ce matin non plus il n’a pas osé sonner. La voix se rapproche. Une jeune servante ouvre la porte et s’immobilise, surprise. essuie ses mains dans son tablier avant de le détacher et de le rouler en boule sur une étagère. Le chant s’est arrêté. Oh pardon. Bonjour Monsieur Schubert. Le comte et Madame sont déjà au salon. Je vais vous annoncer. Franz tente de dire quelque chose, il voudrait qu’elle chante encore, mais seul un bonjour embarrassé franchit ses lèvres, et déjà la jeune fille a filé en l’invitant à la suivre.

1 Comments

  • formidable ! la mise en appétit pour ce bouquin, je cours l’acquérir; de toutes façons tout ce qui parle de Franz est une source d’intérêt immédiat.

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