• Home  /
  • A la Une   /
  • Guillaume Gallienne : « La Cenerentola est une enfant maltraitée »
Guillaume Gallienne : « La Cenerentola est une enfant maltraitée » Cenerentola Repetitions Guillaume Gallienne Full view

Guillaume Gallienne : « La Cenerentola est une enfant maltraitée »

INTERVIEW – Le sociétaire de la Comédie Française met en scène son premier opéra, du 10 juin au 13 juillet à l’Opéra de Paris et le 20 juin au cinéma : « La Cenerentola » de Rossini, inspiré du conte de Cendrillon. Rencontre dans sa loge au Palais Garnier.

Vous réalisez votre première mise en scène d’opéra… heureux ?
Je fais mes débuts à l’Opéra de Paris, pas mal, non ? (rires) J’ai déjà travaillé ici avec le ballet. Mais là, c’est autre chose : 50 personnes sur le plateau, c’est beaucoup plus que pour une mise en scène de théâtre. Il faut guider les chanteurs qui n’ont parfois pas l’instinct comique ou dramatique. Et surtout, il faut prendre en compte la musique !

Aimez-vous la musique de Rossini ?
J’adore. La musique de Rossini c’est champagne ! (Il porte un toast) Elle a du swing, du rock. Quand Dandini (l’écuyer qui se fait passer pour le prince, ndlr) arrive, c’est un vrai crooner. En ce moment, j’écoute huit heures de Rossini par jour et toutes les nuits j’ai du Rossini qui tourne dans ma tête.

Pourquoi avoir choisi La Cenerentola ?
Stéphane Lissner (directeur de l’Opéra de Paris, ndlr) m’a dit : « C’est sur la famille, c’est drôle et c’est cruel, c’est pour toi ! » Je ne m’y attendais pas. L’avantage de l’opéra est qu’on vous sollicite trois ans à l’avance, j’ai eu le temps de me poser des questions sur la mise en scène… et de laisser les réponses venir.

Par exemple ?
Le coup de foudre entre Angelina (Cendrillon) et le prince Ramiro : je ne comprenais pas comment cela pouvait arriver. Elle est une enfant maltraitée, une handicapée affective. On ne l’appelle même pas par son prénom mais par un surnom. Lui est forcé de se marier. Un jour j’ai vu un couple dans la rue, un couple plutôt ingrat physiquement… et l’on ne voyait qu’eux. Leur amour avait une grâce… Je me suis dit que Ramiro devait avoir un handicap physique. D’ailleurs, dans le texte, elle le traite de « monstre » avant de se raviser.

Retrouve-t-on le conte de Perrault ?
Dans La Cenerentola, la marâtre est remplacée par un beau-père tyrannique, un gros porc, et la fée par un philosophe. Rossini enlève la magie naïve pour quelque chose de plus concret qui permet de se concentrer sur l’émotion pure.

Vous situez l’histoire sur un volcan, pourquoi ?
Je fais référence à Naples, cette ville menacée par le Vésuve, car pour moi Angelina est volcanique. Victime de violence, elle protège ses bourreaux… un vrai syndrome de Stockholm. Et puis, un jour, un étranger lui caresse la joue et elle ouvre les yeux. Elle comprend qu’elle a droit à l’amour… et tout explose ! Le texte parle de terre qui tremble, et la musique de Rossini (il chantonne un passage très rythmé, ndrl) illustre cette éruption.

Vous souvenez-vous de votre première fois à l’opéra ?
Oui c’était catastrophique (rires). Une sortie en famille… et on est partis à l’entracte ! Un type en porte-jarretelles se cassait la gueule sur un truc en pente (il lève les yeux au ciel, ndlr).

Cette première expérience ne vous a visiblement pas dégouté …
Depuis j’ai eu tant d’expériences magnifiques. J’ai vu « Tristan et Isolde » de Wagner dirigé par Daniel Barenboïm à la Scala à Milan : j’ai pleuré. Ah le baiser de Tristan et Isolde : ce seul geste dégageait une grâce dingue. En faisant ma mise en scène, je pense souvent à ceux pour qui cette « Cenerentola » sera leur première fois à l’opéra. Je fais tout pour que l’histoire soit lisible, qu’elle touche et qu’on rigole ! Mon fils de 10 ans sera dans la salle : je veux qu’il aime l’opéra pour la vie.

Du 10 juin au 13 juillet au l’Opéra Garnier à Paris (10 à 252 €), dans les cinémas le 20 juin (10 et 30 €) et sur le site culturebox.francetvinfo.fr à partir du 21 juin.

Leave a comment