Bryce Dessner surfe sur la vague DESSNER_Bryce Full view

Bryce Dessner surfe sur la vague

INTERVIEW – En 2015, venue pour un concert au Festival de Saint-Denis écouter une œuvre de Nico Muhly, j’avais découvert avec joie « Lachrimae » de Bryce Dessner. Bryce Dessner ? Américain né en 1976 et vivant à Paris, il marche avec Muhly sur la route du post-minimalisme. Enfant de Steve Reich et de Philip Glass, soutenu par les soeurs Labèque avec lesquelles il a créé un concerto, il a récemment travaillé avec l’Inter-contemporain et Matthias Pintscher à Paris. Il est de retour au Festival de Saint-Denis ce jeudi 22 juin avec deux pièces : « St Carolyn by the Sea » (sortie au disque en 2014 chez Deutsche Grammophon) et une composition qui sera présentée en création française : « Wave ». Bryce Dessner et Richard Reed Parry, respectivement guitaristes des groupes rock The National et Arcade Fire, signent ensemble cette composition pour orchestre, soprano et deux guitares électriques.

Est-ce évident d’être programmé dans un festival classique quand on vient du rock ?
B.D. : Je ne crois pas que ce soi tla question. Le classique a plus de place dans ma carrière que le rock. J’ai fait du classique enfant, de la guitare classique et adolescent j’ai formé un groupe de rock avec mon frère… ce qui n’est pas très original pour cet âge et l’époque. Et c’est assez rare que les artistes n’aient pas un lien vers un autre style. J’ai depuis écrit pour de grands orchestres comme le Los Angeles Philharmonic. La question est celle du langage : travailler avec des partitions et non à l’oreille, voilà toute la différence !

Finalement, que permet la partition ?
Un travail plus profond mais pas forcément mieux ni plus riche ! On peut bien évidemment aller plus loin dans l’harmonie et le rythme et, tout simplement, dans le nombre d’instrumentistes réunis sur scène. Un orchestre symphonique, 100 musiciens créant ensemble, c’est absolument magique. A l’heure où les compositions se font à l’aide d’ordinateur, je vois la partition comme une technologie très avancée qui permet une vue d’ensemble.

« Wave » est une œuvre écrite à partir de vidéo : contrainte ou attraction pour le jeune public ?
Le discours sur les publics comment dire… Tchaïkovski et Stravinsky écrivaient déjà pour le ballet, la tradition des musiques de film est immense. La vidéo est dans cette lignée. Le public est plus curieux qu’on ne le pense. Les limites sont pour moi des sources d’inspiration. « Wave » est composée avec plusieurs créateurs : le premier est Hiroshi Sugimoto, dont les images seront projetées en direct sous les voûtes de la Basilique. A partir de ces images très statiques d’océan, nous avons travaillé sur le thème de la mer (lors du concert l’Orchestre National d’Ile-de-France jouera « La mer » de Debyssy, ndlr). Nous avons enregistré des rythmes de vagues de plusieurs endroits du monde (Irlande, Australie, Normandie, Etats-Unis). Cela à donné des tempo différents… car le rythme des vagues varient en fonction du temps et du lieu.

On rattache Debussy à « l’impressionnisme », terme qu’il n’aurait surement pas aimé. Quand on parle de « minimalisme », ca vous fâche ?
Post-minimalisme peut-être… L’avantage pour nous, jeunes compositeurs est qu’on a le choix de nous intéresser autant à Berlioz qu’à Lachenmann (Helmut Lachenmann, compositeur contemporain allemand, ndlr). Steive Reich a écouté récemment une des mes œuvres écrites pour l’InterContemporain et influencé par Ligeti. Il s’est emporté : « ce n’est pas du tout minimaliste », a-t-il dit. Je lui ai répondu que c’est lui qui avait ouvert cette voix, ce travail sur les rythmes et sur les dissonances. Les jeunes compositeurs d’aujourd’hui  voyagent dans la musique. On fait de la fusion, du polystylisme !

jeudi 22 juin 2017 – 20h30, Basilique de Saint-Denis. 13 à 35 euros.

 

Leave a comment