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Brexit baroque à Saintes

FESTIVAL – La 46e édition du festival de musique classique de Saintes illustre comment la musique anglaise a longtemps refusé l’influence des ses voisins européens.

Les commentateurs politiques et les financiers sont surpris du retrait du Royaume-Uni de l’Europe ? Les musiciens ne le sont pas. « Déjà au XVIe siècle la Grande-Bretagne restait à l’écart des influences italiennes, allemandes et françaises, explique Denis Raisin Dardre. Directeur de l’ensemble Doulce Mémoire, spécialiste de la musique ancienne, il ouvre l’édition 2017 du festival de musiques de Saintes le 14 juillet dans l’emblématique abbatiale de la ville.

Doulce Mémoire revient sur un grand moment de la diplomatie franco-britannique : le Camp du Drap d’or. En 1520, le roi de France et le Roi d’Angleterre font mine de chercher la paix. Pendant 18 jours, on chante et l’on joue ensemble. « C’est un véritable choc des styles, explique Denis Raisin Dardre. Les Français viennent avec des instrumentistes alors que les Anglais ne chantent qu’a capella. Et les diapasons – qui ne sont pas fixes à l’époque – sont très différents. Déjà au XVIe siècles, les Anglais roulent à gauche ! » Si évite la cacophonie musicale mais pas politique : la rencontre du Camp du drap d’or se soldera par une guerre.

Alors que les musiciens italiens, français et allemands se copient, se jalousent, s’admirent, l’Angleterre reste esthétiquement à part, même encore à l’époque baroque, au XVIIe siècle. Le samedi 15, l’ensemble bien nommé « Les ambassadeurs » poursuivra ce propos. On imagine souvent Johann-Sebastian Bach (compositeur chéri du festival de Saintes) isolé et composant une musique luthérienne pour des luthériens. Pas du tout ! La preuve avec Concertos brandebourgeois que joueront les Ambassadeurs. En les associant à des concertos pour flute des italiens Vivaldi et Tartini, les musiciens dirigés par Alexis Kossenko souligneront l’influence italienne chez Bach, qui se faisait envoyer les partitions de toute l’Europe.

Cette 46e édition du réputé festival poursuivra la comparaison en permettant aux spectateurs d’enchaîner des madrigaux de Monteverdi avec les Variations Goldberg de Bach (16 juillet abbatiale). Ou encore avec, le 21 juillet le programme intitulé « l’orgue du Sultan » qui fait revivre un étonnante histoire : celle Thomas Dallam, envoyé en 1599 par la reine d’Angleterre Elisabeth 1er poter un cadeau diplomatique au du Sultan : un orgue ! Une mission diplomatique qui est l’occasion de confronter les musiques anglaises et orientales, avec l’excellente soprano franco-algérienne Amel Brahim-Djelloul..

Un grand nom est attendu cette année : William Christie. Plus de trente ans se sont écoulés depuis la dernière visite du chef d’orchestre fondateur des Arts Florissans à Saintes, où les grands noms du baroque se sont fait connaître. Il vient diriger son ensemble les Arts Florissants (le 17 juillet, abbatiale) et le Jeune orchestre de l’abbaye (le 21 juillet, abbatiale), l’orchestre des jeunes musiciens professionnels se formant à Saintes à la pratique sur instruments d’époque.

L’ensemble Vox Luminis, qu’il est indispensable d’avoir entendu si on aime la musique de cette période, tentera une réconciliation avec nos voisins britanniques en jouant le 20 la musique de Haendel, allemand devenu sujet anglais, et le 18 celle d’Henry Purcell. La partition du Londonien qui sera chantée est tout à fait à propos : l’ode intitulée « Celebrate This Festival ».

Du 14 au 22 juillet à Saintes et ses environs. 8 à 55 euros (certains concerts gratuits). Réduction à partir de 3 concerts. Places à 1 euro pour les moins de 18 ans accompagnés d’un adulte. www.festivaldesaintes.org et 05 46 97 48 48.

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