• Home  /
  • Interpretes   /
  • Bertrand Chamayou à Saintes : Mozart sur le bout des doigts
Bertrand Chamayou à Saintes : Mozart sur le bout des doigts Bertrand Chamayou006 ©Marco Borggreve-Warner Classics Full view

Bertrand Chamayou à Saintes : Mozart sur le bout des doigts

INTERVIEW – Le pianiste français Bertrand Chamayou interprète le 23e concerto pour piano de Mozart à l’Abbaye de Saintes. Accompagné par l’Orchestre des Champs-Elysées, il joue un pianoforte, copie d’un piano de l’époque du Mozart… un défi. Il s’explique.

Depuis quand vous intéressez-vous aux pianos anciens ?
Adolescent j’avais déjà un goût pour les enregistrements sur les instruments d’époque. Quand je suis entré au Conservatoire supérieur de musique de Paris à 16 ans, j’étais curieux de tout et je me suis inscrit dans la classe de pian-forte. Je me suis rendu-compte que ces expériences avaient pour moi le même attrait que le travail sur la musique contemporaine. C’est la preuve que l’interprétation est toujours en mouvement. Quand on a comme moi l’habitude de jouer sur instruments modernes avec un orchestre moderne, passer aux instruments d’époque fait tout reconsidérer, ou presque ! Pour l’auditeur aussi c’est une expérience troublante.

Que change le jeu sur un piano d’époque ?
D’abord le niveau sonore est plus faible. Il faut donc repenser les équilibres avec l’orchestre et, pour l’auditeur, tendre l’oreille. Le pianiste ne peut obtenir de ce piano du XVIIIe siècle (une copie d’un pianoforte viennois signé par Christopher Clarke) les mêmes couleurs qu’un piano du XXIe siècle. Pour ce 23e, Concerto de Mozart le piano moderne est presque trop riche. La musique sonne très lisse, comme de la porcelaine. Haydn, Beethoven et, dans une moindre mesure Mozart, cherchaient à repousser les limites de l’instrument. On retrouve cette sensation en jouant sur les instruments qu’ils connaissaient : l’âpreté, la violence de la musique et chez Mozart, son inventivité. Et puis l’interprète a plus de liberté…

Comment ca ?
Je peux enfin faire la partie de continuo écrite par Mozart : le piano accompagne l’orchestre de manière presque imperceptible. On ne le fait pas avec un piano moderne qui s’entendrait trop. De même pour les cadences ou l’ornementation, ces moments où le pianiste peut improviser sur la partition. Leopold Mozart, le père de Wolfgang, a beaucoup écrit sur cet art de s’approprier la musique. Ces expériences m’excitent, même s’il faut faire attention de ne pas trop en rajouter… Mozart se plaignait des pianistes qui en font trop !

Quelles sont les qualités requises pour jouer un tel instrument?
J’ai de la chance car je suis un pianiste tactile : j’utilise beaucoup la pulpe des doigts et les premières phalanges. Pour des pianos anciens c’est une qualité. Par contre je dois abandonner mon habitude à mettre du poids dans les bras et les mains… cela bloque la mécanique des pianoforte ! Passez d’une mécanique à l’autre demande un certain temps d’adaptation.

Mardi 18 juillet à 19h30 à l’abbatiale. 8 à 49 euros. Places à 1 euro pour les moins de 18 ans accompagnés d’un adulte. www.festivaldesaintes.org et 05 46 97 48 48.

Leave a comment