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Sacrée musique à Rocamadour

REPORTAGE – Le festival de musique sacrée de Rocamadour permet de découvrir la cité médiévale hors du flot touristique.

L’été, quelque 6000 personnes viennent chaque jour à Rocamadour. Pour grimper les 216 marches (ou prendre l’ascenseur !) qui mènent à cette extraordinaire cité médiévale adossée à la roche. Pour prier la vierge noire, protectrice des marins, célèbre pour ses miracles. Pour voir l’épée de Roland plantée dans le roc. Pour déguster le petit fromage de chèvre rond, spécialité de la ville. Quand la foule se réduit, le soir, le festival de musique classique de Rocamadour permet d’avoir la ville rien que pour soi, ou presque.

Samedi dernier, dans la basilique Saint-Sauveur, quelques centaines de mélomanes ont écouté l’ensemble Vox Luminis et ses douze chanteurs interprétant des musiques du XVIIe siècle, de Heinrich Schütz et de Henry Purcell. Les Vox Luminis ont plongé le public dans une atmosphère de recueillement, renforcée par la beauté de la pierre calcaire de Rocamadour, simple et accueillante.

Un festival de musique classique à Rocamadour est une évidence : c’est là que, le 22 août 1936, le compositeur Francis Poulenc (1899-1963) fit l’expérience de la foi : « le signe indiscutable, le coup de poignard de la grâce en plein cœur», selon ses mots. Il composa en quelques jours les « Litanies à la vierge noire de Rocamadour », sa première œuvre religieuse, bien avant son opéra « Le Dialogue des Carmélites ». « Le festival est le fruit de cette histoire », explique Emmeran Rollin, son directeur artistique qui fait entendre chaque année ces Litanies. « Déjà au Moyen-Âge, la cité de Rocamadour avait inspiré les troubadours. » La programmation du festival se veut accessible et variée. La pianiste Anne Queffelec joue ce soir les œuvres de Bach, Haendel et Vivaldi. Le 15 août, jour où les chrétiens fêtent Marie, la mère de Jésus, seront données les « Vêpres à la Vierge » de Monteverdi. L’ensemble Exosphère, qui donne les Litanies de Poulenc le 18 août avec le Requiem de Fauré.

Outre le choix des artistes et l’organisation du festival, Emmeran Rollin est également organiste de la basilique. Il se fait une joie de faire visiter l’orgue de Rocamadour… un orgue tout neuf. En 2013, des particuliers, amoureux de musique et de Rocamadour, se sont mobilisés pour financer la construction d’un nouvel orgue (pour un coût de 380 000 euros). L’instrument est devenu une raison supplémentaire de monter dans la basilique : sa forme, évoquant une proue de bateau, est unique au monde. Après le concert, les spectateurs quittent la cité de Rocamadour, vidée de ses touristes, sous un magnifique ciel étoilé. Nous sommes en Vallée de la Dordogne, en plein triangle noir, l’endroit de France le moins touché par la pollution lumineuse. Et tandis que les bénévoles du festival s’activent à ranger les chaises, Emmeran Rollin monte à la tribune et fait retentir une énergique « Toccata en ré » de Bach !

Pratique
Festival de musique sacrée de Rocamadour en Vallée de la Dordogne. Jusqu’au 26 août. De 10 à 40 €. Infos et réservations sur place et auprès de l’Office du Tourisme Vallée de la Dordogne 05 65 33 22 00. Et www.rocamadourfestival.com

A ne pas manquer à 15 minutes de Rocamadour : le gouffre de Padirac, la descente de la Dordogne en Canoë, à faire en famille.

Article paru le 9 août 2017 dans Le Parisien.

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