Maurice Ravel a enfin son festival

ENQUÊTE – Le festival Ravel va faire rayonner la musique d’un des plus célèbres compositeurs français. Concerts, master-classes et conférences sont organisé, en Côte basque, où Ravel est né.

Ils ne diront plus « leur» concerts mais « nos » concerts. Le festival Musique en Côte basque et l’Académie Ravel, deux manifestations musicales qui avaient lieu fin août sur la Côte basque unissent – enfin- leurs forces : place au Festival Ravel, du 27 août au 17 septembre, sur la terre natale de Maurice Ravel (1875-1937) l’auteur du si célèbre Boléro.

Pierre Larramendy, maire emblématique de Saint-Jean-de-Luz avait créé les deux manifestations. « L’une, Musique en Côte basque, avait pour but de défendre le patrimoine musical de la région, se souvient Jean-Michel Baratte, son président. La seconde venait former des jeunes à la musique française. Ca fait 50 ans qu’on fait chambre à part ! » Lancée en 1960, « La Grande semaine de Saint-Jean-de-Luz » est devenu Musique en Côte basque dans les années 1980 et a accueilli les plus grands interprètes de la musique classique : Jordi Savall, Brigitte Engerer, Michel Portal, Aldo Ciccolini et les sœurs Labèque, natives de la région.

L’Académie de musique Maurice Ravel est né il y a 50 ans pour accueillir de jeunes virtuoses surdoués conseillés par de grands professeurs, sous le regard passionné du public. Le festival Ravel offre tout cela, sous la direction artistique de Jean-François Heisser, pianiste, professeur et chef d’orchestre (voir photo ci-dessus). La Nouvelle Aquitaine soutient largement cette manifestation qui associe culture et tourisme : 100 000 euros ont été ajoutés à un budget de 270 000. Au programme : 17 concerts, des master-classes, des moment musicaux impromptus dans des bars, golf et autre lieux insolites. La mezzo-soprano Beatrice Uria Monzon rendra hommage à Maria Callas le 3 septembre, le pianiste Jean-Frédéric Neuburger, jouera le « Concerto pour la main gauche » le 8 septembre, le violoniste Renaud Capuçon donnera un récital le 15 septembre, etc.

Bertrand Chamayou jouera le magnifique « Concert en sol » de Maurice Ravel le 1er septembre à l’église de Saint-Jean-de-Luz. Et l’intégrale de sa musique pour piano de le 9 septembre, en trois concerts. Ce pianiste de 38 ans est sans doute l’artiste qui incarne le mieux l’esprit du « Festival Ravel ». : « J’a été repéré à 13 ans à Toulouse par Jean-François Heisser, raconte ce brillant pianiste. Il m’a intégré à l’Académie Ravel que j’ai suivi pendant quatre étés. Ravel est mon ADN. » Devenu l’un des meilleurs pianistes français, il a été ensuite programmé à Musique en Côte basque.

Ce « fan » de Ravel depuis l’enfance est naturellement devenu un amoureux de la région. Il a même acheté un appartement à Saint-Jean-de-Luz ! « Les lieux sont imprégnés par l’esprit de Maurice Ravel, témoigne avec émotion Bertrand Chamayou. D’abord les écoles portent sont nom et les rues évoquent ses amis comme le violoniste Jacques Thibaud. Mais je ressens physiquement sa présence. Il y a un esprit ici qui est le sien. » La naissance du festival Ravel a pour lui « un sens évidemment… bien au delà d’un énième festival d’été. Il faut faire rayonner la musique de Ravel en France et de part le monde. »

Étonnement, il n’y avait pas de festival autour de la personne de Maurice Ravel. Seuls quelques concerts sont organisés à Montfort-L’amaury, dans sa maison devenu musée. Berlioz est plus chanceux : dans sa ville natale à la Côte-Saint-André (Isère) le festival Berlioz fait chaque mois d’août honneur à ce compositeur révolutionnaire. Jean-François Heisser s’est inspiré de ce modèle très performant. « Tous les ans, on y joue sa « symphonie fantastique » sous différentes formes, a constaté le directeur du festival Ravel On pourra faire de même avec le Boléro ! » Une version pour quatre pianos sera donnée le 9 septembre au Théâtre Quintaou à Anglet.

Ravel est une mine d’or : « La personnalité de Ravel qui était à l’affut d’autres cultures ou d’autres styles permet d’imaginer des thématiques intéressantes », poursuit Jean-François Heisser. Ravel et la jazz, Ravel et l’Orient, et bien sûr Ravel et l’Espagne puisque les rythmes et mélodies du pays voisin se retrouvent dans ses œuvres. Le Festival Ravel permettra également de découvrir l’homme: « Attentif à la question sociale, critique envers l’esclavage et défenseur de la culture basque !, résume Heisser. Cette partie de sa vie est bien plus importante qu’on ne l’imagine. Ravel parlait basque et venait içi dès qu’il le pouvait. » Dans cet esprit, le festival a d’ailleurs invité un compositeur basque espagnol, Ramon Lazkano, né en 1968. Une de ses œuvres sera créé le 6 septembre à l’église de Ciboure.

Du 27 août au 17 septembre sur la côte basque. 10 à 53 euros. http://festivalravel.com/

Article paru le 26 août dans le magazine de Sud Ouest.

 

 

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