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Compte-rendu : Bordeaux rend hommage à Maria Callas

COMPTE-RENDU – Avec une exposition et plusieurs concerts, Bordeaux rend hommage à Maria Callas. J’ai assisté au récital de Sonya Yoncheva et à la version de concert de l’opéra « Il Pirata » de Bellini. On fait le point.

Le nom de Maria Callas est sur toutes les lèvres à l’occasion des 40 ans de sa disparition. L’opéra de Bordeaux a décidé de rendre hommage à « la diva assoluta » avec une exposition et des concerts. Sur l’exposition de 35 photos faisant partie de la collection personnelle de Paris Match, je ne peux que dire ma déception : la scénographie proposée dans le hall du grand théâtre est malheureusement ratée. Des photos accrochées trop en hauteur, des tirages en noir et blanc qui ne ressortent pas dans cette architecture de pierres blanches, des légendes peu lisibles ne sauvant pas la qualité secondaire de photos très posées qui ne disent rien de La Callas, ou si peu. Il ne faut certes pas comparer avec l’exposition à la Seine musicale à Paris, mais tout de même c’est le jour et la nuit. Vous pouvez vous faire une opinion, jusqu’au 18 novembre.

Récital de Sonya Yoncheva
Heureusement les artistes et les concerts proposés cet automne nous réchauffent le cœur. Les divas, héritières de LA Callas, nous font cadeau d’une évocation plus touchante et sensible de la grande diva. À commencer par le récital de Sonia Yoncheva. Un récital de diva c’est tout d’abord un show de séduction. Pour Bordeaux, la plus sensuelle des divas décide de ne pas jouer le grand jeu : là où Callas n’offrait jamais un récital sans un chignon tiré à quatre épingles, une robe de grand couturier, des bijoux à faire pâlir la reine d’Angleterre et des mains ultra manucurées, Yoncheva se présente la plus naturelle possible : cheveux lâchés, maquillage très sobre et deux robes sans grand intérêt pour la fashionista que je suis.

Vous trouvez que j’en fais trop sur le futile ? Vous avez raison. Allons au fait : la musique. Sa première partie de récital est dédiée à l’opéra français. Dans son premier air, « Pleurez mes yeux », extrait du Cid de Massenet, le timbre de Sonya est fondant comme une crème fouettée. Ce morceau est redoutable. Peu de divas ouvriraient un récital avec lui. La voix est souvent un peu trop en arrière, ce qui n’empêche pas Sonya Yoncheva de lancer ses aigus avec une facilité déconcertante. Subjuguant. Son français, par contre, laisse un peu à désirer. On en avait déjà fait le constat récemment dans le « Don Carlos » à l’Opéra Bastille. Dans son « Mon cœur s’ouvre à ta voix » de Camille Saint-Saëns, on regrette l’attention particulière que Maria Callas donnait à la prononciation de notre langue, à une époque où chanter le français en mode chamallow était monnaie courante…

Dans la deuxième partie, dédiée au Bel Canto, la diva est encore plus à l’aise. Elle « envoie » les tubes comme des fleurs que jettent les fans à leur diva. Le public est aux anges avec « Casta Diva » de Bellini et « Un bel di vedremo », extrait de « Madame Butterfly ». La critique musicale est plus réservée car Yoncheva est un peu chiche sur la théâtralité. Faire le tour du piano permet de briser le statisme du récital, il ne crée pas l’émotion pour autant. Comme me disait ma voisine, une habituée de l’Opéra de Bordeaux, « elle incarne sublimement sa voix… sans arriver à incarner les personnages qu’elle chante ». Quand Sonya minaude avec son pianiste Antoine Palloc, il rougit, on sourit. Généreuse, elle offre trois bis (dont le « O mio babbino caro » que Callas dédiait à son public aimé), toujours aussi décontractée. Les divas d’aujourd’hui sont ainsi !

Il Pirata de Bellini
Impossible de prendre avec autant de désinvolture les premières mesures d’Il Pirata (le Pirate, 1827), opéra rarement donné de Bellini. Les deux rôles principaux, ténor et soprano, doivent à leur entrée en scène lancer des phrases puissantes, longues et touchant les hauteurs de la tessiture. La soprano Joyce El-Khoury et le ténor Santiago Ballerini font merveille. Il est un pirate nerveux et menaçant, son chant le plus véhément qui soit, le jeu en plus, la partition en moins puisqu’il chante par cœur. Elle est une amoureuse au destin brisé (son promis exilé et devenu pirate, elle a dû épouser son ennemi dont elle a eu un fils). Les seconds rôles (Marin Yonchev, frère de Sonya Yoncheva, Adèle Charvet et Matthew Scollin) sont forcément moins attachants et, le nez dans leurs partitions, ne permettent pas assez au public de s’embarquer dans l’action.

Le chœur de l’Opéra de Bordeaux a fait honneur à Bellini. Moi qui ait été par le passé assez critique envers ses chanteurs, je me réjouis. Le travail mené depuis des années par leur chef Salvatore Caputo porte ses fruits. Il a observé ses ouailles depuis le paradis – soit dit en passant, arriver en retard peut offrir de bonnes surprises : l’acoustique y est très bonne. L’Opéra a reconduit le contrat de Caputo : une sage décision. Finissons par Paul Daniel, le directeur de Orchestre National Bordeaux Aquitaine qui a négocié un très bel équilibre avec les solistes et le chœur. C’est à lui que l’on doit cet idée de monter Il Pirata, une partition que Callas avait jadis portée avec force. Le livret n’est pas plus mièvre que d’autres et certains passages sont des petites perles. Merci maestro.

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