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Philippe Jaroussky : une voix et un cœur d’ange

REPORTAGE – Le contre-ténor Philippe Jaroussky a créé son Académie pour offrir des cours de musique à des jeunes sans moyens.

« Do-Ré-Do », une salle de répétition de La Seine Musicale, à Boulogne-Billancourt, une fenêtre avec vue sur Seine, des instruments de musique, une jeune professeure qui dicte des notes. Une tête se lève derrière un piano droit : Roman, 11 ans. « Je suis là car ma mère est fan de lui. », explique-t-il d’emblée. « Lui » ? C’est Philippe Jaroussky. Le chanteur d’opéra baroque a ouvert son Académie en octobre à La Seine musicale, une académie où l’enseignement est gratuit, pour « rendre cette chance » qu’on lui a donnée.

Philippe Jaroussky n’a pas vraiment le profil du musicien qui se consacre à l’enseignement en fin de carrière. Il est au firmament. Depuis sa révélation aux Victoires de la musique classique en 2004, il est l’un des chanteurs lyriques les plus connus au monde, le chanteur « à la voix d’ange ». « C’est vrai qu’il a une voix d’ange, confirme Philippe Maillard, qui fut le premier en 1999 à produire Philippe Jaroussky en concert. « Le petit théâtre du Musée Grévin – 350 places – n’était même pas plein. Ce fut un choc incroyable, une voix d’une pureté, d’une souplesse et une qualité d’aigu qui laissaient pantois. »

« Faut pas rêver »
18 ans plus tard, Philippe Jaroussky fait le point : « j’ai eu une chance indécente, j’en suis conscient. J’ai réalisé mes rêves, comme chanter avec Cecilia Bartoli, créer mon ensemble Artaserse, et enregistrer les disques que je voulais. Je viens d’une famille de la classe moyenne de Sartrouville. Si un prof de collège n’avait pas repéré que j’étais doué en musique, je n’en serais pas là. Je me suis mis au violon. J’étais très motivé. Mes parents m’ont soutenu. Au mieux, je me rêvais prof… »

Pas de sélection intimidante à l’Académie Jarrousky. Le choix se fait sur la motivation et un niveau de vie ne permettant pas de payer des cours de piano. IVone vit de ménages et de gardes de personnes âgées. Sa fille Anna, 9 ans, bénéficie de cours de piano gratuits à l’Académie, qui lui a aussi prêté un instrument offert par Yamaha. « Je n’aurais jamais imaginé qu’elle serait prise. Ni qu’on mettrait un piano chez nous. Faut pas rêver… Je ne savais pas qui était Philippe Jaroussky ! ».

Tandis que Roman et Anna découvrent la musique, Philippe Jaroussky fait répéter sept « jeunes talents » dans la salle voisine. Ils ont entre 20 et 25 ans et l’Académie va les soutenir pour leurs premiers pas dans la vie professionnelle. Lundi à la Seine Musicale, ils rejoindront le contre-ténor pour un concert dédié à Haendel. William Shelton, 23 ans, n’en revient pas d’être là : « C’est la première fois que je chante avec un orchestre ! Avec Philippe Jaroussky à ma droite, c’est une chance inouïe. » Comme Jarrousky, William chante « en voix de tête ». Comprenez : avec une technique qui permet aux hommes de chanter très aigu, presque aussi haut qu’une soprano. « Grâce à lui, la voix de contre-ténor est devenu une vraie culture… si vous voyiez le nombre de contre-ténors dans les concours ! Le public est très demandeur. »

« J’utilise mon nom pour trouver de l’argent », avoue sans détours celui dont on sait déjà que le dernier disque (« The Händel album », Erato) sera une des meilleurs ventes « classique » à Noël. « La musique classique coûte cher : les cours, l’instrument, les partitions. Je voulais que cet enseignement de qualité soit gratuit pour ceux qui n’en ont pas les moyens. » Il y a aussi un « esprit Jaroussky », cette humilité et cette humanité que tous ceux qui travaillent avec lui reconnaissent. Christine, la maman de Roman, témoigne : « La pédagogie ici est particulière : des cours à deux élèves, moins formels, où l’enfant est encouragé. S’il ne fait pas ses 15 minutes de gammes par jour, ce n’est pas un drame. Chaque enfant a un parrain ou une marraine chez les jeunes professionnels. Après son cours, Roman ira écouter chanter Manon, sa marraine. Cette ambiance collective est très agréable. »

« La France a cette grande qualité de réunir énormément de gens préoccupés par la question de la culture pour tous, analyse Philippe Jaroussky. Un spectacle d’opéra est une énorme machine qui coûte beaucoup d’argent. Il fonctionne grâce aux subventions. Ce que je fais, pourrait-on dire, est subventionné par les Français. Je trouve dommage qu’ils ne se sentent pas le droit d’aller à l’opéra. Chaque fois que j’ai amené des amis à l’opéra, ils ont été touchés, ne serait-ce que par la dimension physique de l’effort des artistes ! » Le petit Roman serait bien d’accord. Lui qui a fait du judo, du tennis de table et du foot, vous l’assure : « La musique, c’est mieux que le sport ! »

« Gala Haendel », lundi 4 décembre, 20h30, La Seine Musicale, Boulogne-Billancourt. 22 à 77 euros.

FOCUS / Prendre un cours avec Philippe Jaroussky !
L’Académie Philippe Jaroussky ouvre ses « master-classes » au public. Quelques jours par an, les curieux ont l’occasion de partager ces moments extraordinaires où de jeunes musiciens reçoivent les conseils des pros. A la Seine Musicale, on peut assister aux cours de violon de Geneviève Laurenceau, de piano par David Kadouch, de violoncelle par Christian-Pierre La Marca, et de chant avec Philippe Jaroussky. Le voir guider ces jeunes chanteurs est un vrai spectacle. On assiste à la fabrication d’un concert : le choix des rythmes, des intonations, des intentions. Il encourage (« Superbe ! Magnifique »), surveille (« C’est beau mais c’est trop fort »), et rectifie : « ta note n’est pas juste, lance-t-il à une jeune soprano. Ecoute ! ». Le maestro lui chante avec sa voix inimitable. Elle reprend sans fausse note…

Prochaine session : du 11 au 14 décembre à La Seine Musicale. Prix libre.

 

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