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Camille Thomas : « Je veux transmettre de la joie »

INTERVIEW – Première violoncelliste à signer chez le fameux Label Deutsche Grammophon, Camille Thomas a choisi d’enregistrer le Concerto pour violoncelle de Camille Saint-Saëns. Elle court le monde avec ce Concerto, sera ce jeudi à Bordeaux, en attendant de faire la création de celui de Fazil Say à Paris en avril. Rencontre.

Née à Paris de parents belges, Camille Thomas, 29 ans, a fait ses études en Allemagne et en France. Ces deux pays ont reconnu ses talents : révélation aux Victoires de la musique classique en 2014 et un Echo Klassik Preiz en 2016. Avec l’Orchestre national Bordeaux Aquitaine dirigé par Diego Matheuz, elle interprète jeudi soir à l’auditorium de Bordeaux le Concerto de Saint-Saëns, qu’elle vient d’enregistrer. Depuis un an, elle joue un violoncelle de Ferdinand Gagliano de 1788, le « Château Pape Clément », prêté par Bernard Magrez. Le magazine Forbes l’a récemment désignée l’une des 30 jeunes remarquables de l’année.

Pourquoi avoir choisi le Concerto de Camille Saint-Saëns ?
Camille Thomas : Ce Concerto est traditionnellement le premier que les jeunes violoncellistes abordent pendant leurs études. Je l’ai joué à 10 ans, j’étais absolument folle de fierté (rires). Pour certains aspects il est assez abordable pour un jeune musicien mais en grandissant je le trouve de plus en plus difficile ! Il a cette fougue de la jeunesse, cette énergie solaire qui me plaît. J’ai choisi de l’enregistrer car il me ressemble : je veux transmettre de la joie et l’amour de l’a vie.

Pourtant, Saint-Saëns est plus connu pour ses opéras…
Il ne faut pas s’arrêter à cette image ! Camille Saint-Saëns était un compositeur très doué : la forme de son concerto est parfaite. Il a pâti de son don et d’une carrière longue : on le considère souvent comme académique. C’est injuste : il est capable dans ce concerto de moments d’émotion pure et d’une immense tendresse. Offenbach – qui était violoncelliste ! – est jugé superficiel, voilà pourquoi j’ai tenu à mettre dans ce disque son opus 22 pour violoncelle et orchestre (voir vidéo ci-dessous). Il faut aller au-delà de la réputation pour découvrir ou redécouvrir ces œuvres. Quant à l’opéra, ce n’est pas contradictoire car le violoncelle et la voix sont très liés, les deux ayant des timbres proches.

Vous êtes la première violoncelliste à signer chez le fameux Label Deutsche Grammophon… les temps changent ?
Sans doute mais c’est aussi la preuve que l’art du violoncelle est en grande forme partout en Europe. En France, nous avons une tradition d’enseignement de très haut niveau, avec trois professeurs – André Navara, Paul Tortelier et Pierre Fournier – qui ont formé de nombreux violoncelliste de talents. Mon professeur à Paris, Marcel Bardon, a été formé par Navara. Il y a le même phénomène en Allemagne avec des professeurs de tradition russe. Sans oublier ce que Mitslav Rostropovitch a fait pour l’instrument : repousser ses limites techniques en commandant à des compositeurs vivants des œuvres quasiment injouables !

Justement, vous allez créer bientôt une œuvre du compositeur turque Fazil Say…
Oui, le 3 avril prochain au Théâtre des Champs-Élysées à Paris, je jouerai avec l’Orchestre de Chambre de Paris un concerto que Fazil Say a écrit pour moi, une commande de Bernard Magrez qui me prête déjà un magnifique violoncelle. Ce mécénat prend une très belle forme car Fazil Say se bat pour le droit de créer librement. Ce Concerto est très politique : il décrit la terreur, le terrorisme et le combat pour la liberté d’expression. Il a pour titre « Never give up » (« Jamais renoncer »), le slogan personnel de Bernard Magrez, qui sied également à l’histoire de Fazil Say. Après Paris, je vais le jouer pendant trois ans dans plusieurs villes d’Europe. Il va devenir une œuvre qui me sera profondément liée.

Prochain concert : jeudi 25 janvier, 20H, auditorium de Bordeaux. 8 à 50 €. 05 56 00 85 95.
Création du Concerto de Fazil Say le 3 avril au Théâtre des Champs-Élysées.
Disque : « Saint-saëns – Offenbach », Camille Thomas, Orchestre National de Lille. Deutsche Grammophon.

Article paru partiellement dans Sud Ouest du 24 janvier 2017

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