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Daniel Barenboim : « Debussy a changé la trajectoire de la musique » Entretien SOD Daniel BAREMBOIM Pianiste argentin - Entretien SOD Daniel BAREMBOIM Pianiste argentin Bordeaux le 13 janvier 2018 photo Laurent Theillet / Sud Ouest Full view

Daniel Barenboim : « Debussy a changé la trajectoire de la musique »

©Laurent Theillet / Sud Ouest

INTERVIEW – Pour le centenaire de la mort de Debussy, Daniel Barenboim a signé un disque chez Deutsche Grammophone et une série de récitals du Premier cahier des Préludes, des Estampes et d’autres pièces pour piano. Son passage à Bordeaux a été l’occasion d’échanger sur « Claude de France ».

Dans votre carrière de pianiste, vous avez rarement abordé Claude Debussy. Pourquoi le faire aujourd’hui ?
Daniel Barenboim. : C’est vrai. Je n’ai vraiment joué que les Préludes, et il y a longtemps. Quand je suis arrivé à Berlin [comme directeur musical de l’orchestre de la Staatskapelle, NDLR], j’ai trouvé un orchestre de grande qualité, mais qui avait besoin d’être rafraîchi.Debussy lui était étranger. Lorsque vous jouez Brahms ou une symphonie de Bruckner, la difficulté réside dans la lenteur de la dynamique, avec parfois des crescendos sur seize mesures dont il faut rendre l’aspect graduel. Debussy, à l’inverse, ce sont des étincelles dynamiques. Sa musique demande une vitesse et une autre façon de produire le son que le répertoire germanique. En parallèle, j’ai étudié son œuvre pour piano. Faire les deux était une source fascinante d’informations.

Quel intérêt trouvez-vous à publier un disque Debussy, déjà largement disponible ?
Chaque pianiste poursuit une démarche personnelle. Après avoir accompli ce travail approfondi, j’ai voulu en garder une trace… Je ne vois pas de raison particulière.

La musique de Debussy est souvent qualifiée d’« impressionniste ». Qu’en dites-vous ?
Je n’aime pas cette idée. Debussy n’était pas inspiré par la peinture mais par la littérature, les poètes Mallarmé et Baudelaire en particulier, et surtout… par la nature. Il voulait mettre en notes non pas les sensations qu’il ressentait face à elle, mais la nature elle-même. À l’opposé de Beethoven, qui en offre, dans « La Symphonie pastorale » », une vision panthéiste. Dans un prélude que j’ai joué à Bordeaux, « Le Vent dans la plaine », Debussy donne vraiment à entendre le vent. Il a énormément changé la trajectoire de la musique.

Avez-vous étudié sa vie ?
Je ne crois pas à l’interprétation nourrie des informations sur la vie privée des compositeurs. Il faut lire leur œuvre dans le sens le plus profond. Parfois, la biographie mène dans une direction totalement fausse. L’homme Debussy était conventionnel, pas sa musique. On joue souvent Franz Schubert ou Piotr Tchaïkovski de façon tourmentée car on sait que leur vie l’était. Mais, justement, n’était-ce pas dans la musique qu’ils trouvaient un moment de sérénité ?

Nadia Boulanger, proche de Debussy, fut votre professeur de composition. Vous parla-t-elle de lui ?
Non. Nadia Boulanger était une personne très stricte, inflexible. J’ai appris avec elle l’étude du contrepoint et de la composition. Mais j’ai également retenu d’elle un principe essentiel : il faut unir l’émotion et l’analyse. Ainsi, il est nécessaire de connaître la structure d’une pièce pour lui apporter un contenu émotionnel, comme il faut structurer ses émotions pour bien interpréter la musique.

Article paru en partie dans Sud Ouest du Dimanche 21 janvier. Pour lire l’intégralité de l’article, cliquez ici.

D.Barenboim et Séverine Garnier le 13 janvier 2017 à Bordeaux. ©L.Theillet

Quels rêves vous reste-t-il encore à réaliser ?
Certaines personnes me demandent si je songe à la retraite mais je ne vois pas pourquoi. J’ai encore beaucoup d’envies. Le premier rêve serait de garder une bonne santé – je ne veux pas vivre sans cette qualité de vie. J’arrêterai le piano quand je ne pourrai plus réussir ce que je veux réaliser. Et aussi quand on dira à mes enfants : « C’était bien le concert de votre père, hier, mais si vous l’aviez entendu il y a dix ans… »

 

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