Danse : «La Flûte enchantée» de Béjart renaît au palais des Congrès 2017. Ballet Béjart Lausanne - La flûte enchantée, Ballet Béjart Lausanne, 12 juin 2017, pré générale, Palais de Beaulieu. Full view

Danse : «La Flûte enchantée» de Béjart renaît au palais des Congrès

REPORTAGE – « La Flûte enchantée », chorégraphie emblématique de Maurice Béjart, disparu il y a dix ans, renaît pour cinq soirs cette semaine au palais des Congrès.

Un chorégraphe mythique pour un opéra de légende. Le Béjart Ballet Lausanne donne à partir de mercredi au palais des Congrès de Paris « la Flûte enchantée », ballet imaginé en 1981 par son fondateur, Maurice Béjart, à partir de l’oeuvre de Mozart. La compagnie l’a choisie pour fêter ses trente ans d’existence. « Chaque fois que Maurice s’est attaqué à une grande partition, il a fait un grand ballet », nous a confié Gil Roman, directeur artistique du Béjart Ballet Lausanne depuis la mort du maître en 2007.

A l’époque, Maurice Béjart s’était lancé un défi : chorégraphier l’intégralité d’un opéra. Pendant presque trois heures ses danseurs racontent, sur un enregistrement de 1964 de la Philharmonie de Berlin, sous la direction de Karl Böhm, toute l’histoire du chef-d’oeuvre de Mozart : le jeune prince Tamino doit délivrer la princesse Pamina, capturée par le cruel Sarastro. La Reine de la nuit lui confie une flûte magique et un compagnon de lutte, Papageno, un drôle d’oiseleur plutôt tire-au-flanc.

Elisabet Ros dans la Reine de la nuit

Elisabet Ros incarne la Reine de la nuit, que Maurice Béjart a imaginée pour elle. « Ce rôle est très connu chez les danseuses pour sa performance technique, comme la partition de Mozart avec ses aigus incroyables. La Reine de la nuit apparaît au premier acte puis une heure plus tard : l’enjeu est de garder la concentration. » Dans les studios du ballet, elle reprend les gestes menaçants de « l’araignée » créée par Béjart. « Danser la Reine de la nuit permet un travail d’interprétation, se réjouit-elle. Jouer une méchante, c’est toujours super car je ne me le permets pas dans la vie ! »
«Tous les publics peuvent s’y retrouver»

Comme Elisabet, Julien Favreau est un des piliers du Béjart Ballet Lausanne. Il transmet son savoir aux jeunes recrues. Pendant les répétitions de « la Flûte enchantée » à Lausanne, il a préparé le rôle de Sarastro avec deux autres danseurs. « Maurice parlait avec des images plutôt qu’avec le langage technique de la danse. Il ne me demandait pas un piqué arabesque mais me disait C’est un cri ! Faire découvrir sa danse est ma façon de lui rendre hommage : l’importance du regard, les corps engagés dans toute leur démesure et le fait de danser la musique. » En effet, les gestes vifs et précis de Béjart sont en parfaite adéquation avec l’énergie de la musique de Mozart.

C’est en voyant, enfant, un ballet de Béjart que le Belge Gabriel Arenas Ruiz, 29 ans, a su qu’il voulait être danseur. « Le style de Maurice Béjart est très humain, tous les publics peuvent s’y retrouver. La Flûte enchantée raconte toutes les étapes de la vie : quitter ses parents, tomber amoureux, dépasser sa peur, réussir les épreuves et être à deux, poursuit celui qui danse Tamino. Cet opéra est un hymne au couple. »

Le génial chorégraphe français disait à ses danseurs : « Votre danse doit être votre voix. » Plus que dans toute autre chorégraphie, ce principe s’incarne dans « la Flûte enchantée ». Quand Mozart, au premier acte, décide de rendre Papageno muet, Béjart enroule une corde autour des jambes de son danseur. « Les danseurs doivent respirer comme des chanteurs », confirme Gil Roman, qui était lui-même sur scène en 1981. « La Flûte enchantée », qui n’a pas été donnée depuis quinze ans, lui permet de montrer l’ampleur du Béjart Ballet Lausanne : quarante danseurs monteront sur la scène du palais des Congrès pour cinq dates exceptionnelles.

« La Flûte enchantée », du 7 au 11 février au palais des Congrès. Places de 47 euros à 150 euros. Et le 16 juillet 2018 aux Chorégies d’Orange.

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