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La double vie du pianiste Olivier Korber

INTERVIEW – Stratégiste au département « Recherche » de la Société Générale, Olivier Korber mène en parallèle une activité de pianiste professionnel. « Double jeu », son premier disque consacré à Chopin, vient de sortir dans la collection 1001 notes.

Ce disque Chopin a quelque chose d’étrange qui attise la curiosité. La vision de Chopin qu’Olivier Korber propose est imprégnée de son histoire. Korber a laissé de côté le piano pendant dix ans pour le reprendre avec acharnement. Il s’est lancé le défi d’une virtuosité sans faille, et ses Douze études opus 25 prouvent qu’il a relevé le gant. Dans ce disque, il associe aussi la Barcarolle opus 60, Trois Mazurkas opus 59 et Polonaise-Fantaisie opus 61. Sa proposition des Mazurkas ne convainc pas toujours, appuyant sur un manque d’aisance et de maturité pianistique. Néanmoins, ce CD Chopin n’est pas celui d’un énième jeune pianiste prodige fraichement sorti du Conservatoire : il a le mérite certain de s’être nourri d’un parcours extraordinaire, d’une faille, d’une belle revanche et de réjouissantes retrouvailles avec le piano. Voilà ce qui fait de ce disque une proposition étonnante.

Comment s’est construit votre parcours en tant que pianiste ?
Olivier Korber : Il est particulier ! J’ai pris mes premières leçons à 8 ans avec mon père, un pianiste amateur, mais j’ai voulu rapidement faire mon chemin tout seul. Même à l’école de musique, je n’écoutais rien de ce que les professeurs me disaient… J’ai eu le déclic à 13 ans, grâce à Billy Eidi : ce grand professeur s’est montré très ferme. Il m’a donné trois heures de cours, trois heures qui ont changé ma vie. J’ai compris les gestes pour bien jouer, le « couteau suisse » du pianiste. J’ai poursuivi avec bonheur mes études avec lui au Conservatoire régional de Paris jusqu’à mon Prix en 2003. Je n’imaginais pas en faire mon métier… Puis c’est le « trou noir » : dix ans pendant lesquels j’ai totalement cessé de faire de la musique sérieusement, la conservant comme un hobby. Désormais, j’ai la chance de me perfectionner dans la plus grande exigence auprès de Rena Shereshevskaya.

Vous avez poursuivi votre carrière d’analyste financier…
J’ai fait mes études à Paris-Dauphine où j’enseigne depuis mes 24 ans. Je suis stratégiste sur les marchés financiers, rattaché au département « Recherche ». Ma spécialité porte sur les produits dérivés, en particulier sur les marchés des devises. Mon activité consiste à écrire des articles pour aider la prise de décision de notre clientèle institutionnelle (des fonds d’investissement, des banques, des assurances, etc) et d’aller à sa rencontre pour promouvoir notre recherche.

Comment le piano est-il revenu ?
En 2013. Lors d’une crise personnelle, le piano a été ma bouée de sauvetage. J’ai regagné mon niveau puis beaucoup progressé, mais le partage avec le public me manquait. J’ai donc participé au « Concours international des Grands amateurs de piano ». Le Premier prix offrait une occasion de jouer avec un orchestre, un de mes plus grands rêves. La première année je suis arrivé 4e, puis en 2016, le Premier prix.

Pourquoi avoir choisi Chopin pour votre premier CD ?
J’ai fait ce choix de manière extrêmement personnelle. Je me sens très bien dans la musique de Chopin, je suis familier de tout ce qu’il a écrit. Il n’y a aucune note qui ne résonne pas en moi. Il a cette capacité unique de faire chanter le piano, cet art du contrepoint, cette modernité, cette audace et un langage identifiable entre tous. Je me reconnais dans cette association d’une hypersensibilité et d’un cadre très sûr. Ses « Etudes Op. 25 » sont certes très virtuoses mais le défi est de faire oublier que c’est compliqué à jouer pour y révéler la poésie !

Comment le Mécénat Musical Société Générale vous a-t-il aidé dans cette aventure ?
Le groupe m’a aidé sur la durée grâce à un outil magique qu’il a mis à disposition de ses collaborateurs : deux kiosques à musique ! J’ai pu y travailler sur un piano acoustique, ce qui est impossible chez moi à cause du bruit. Puis Mécénat Musical m’a donné l’opportunité en 2015 de me produire avec le violoncelliste Bruno Philippe (qui joue un violoncelle acquis par Mécénat Musical, ndlr). Et surtout, l’association a organisé une master-classe avec la pianiste Vanessa Wagner, qui fut décisive à plus d’un titre : les conseils de Vanessa Wagner d’abord, puis la rencontre avec Albin de la Tour, organisateur du Festival 1001 Notes et éditeur de disques (également partenaire de Mécénat Musical pour son projet « Collection 1001 Notes », ndlr). La Société Générale m’a donc permis d’enregistrer mon premier disque.

Comment vivez-vous cette « double vie » ?
J’ai deux métiers. Je travaille dans la finance la journée, et le piano 15h par semaine, réparties entre matins, soirs et bien sur le week-end. C’est finalement assez compartimenté. Jouer devant la famille, 300 collègues ou 1000 personnes : on ne doit faire aucune différence. Certes, le 6 février, je prends un jour de congé pour venir sur mon lieu de travail ! Même si la musique pouvait matériellement me faire vivre, je ne crois pas que je pourrais choisir entre mes deux métiers. Je ne pourrais pas faire que de la musique. J’ignore si je travaillerai dans la finance toute ma vie, mais une chose est sûre : je compte ne jamais arrêter de jouer du piano.

Olivier Korber – Chopin
Barcarolle opus 60
Trois Mazurkas opus 59
Polonaise-Fantaisie opus 61
Douze Etudes opus 25
Produit par la Collection 1001 Notes

Cette interview a été réalisée par Séverine Garnier pour le site de Mécénat Musical Société Générale.

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