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Ministère cherche compositrices

ENQUÊTE – La ministre de la culture souhaite que les femmes soient mieux représentées dans la programmation des concerts et des festivals classiques. Mais existe-t-il des compositrices ?

Dans les concerts de musique classique, ce sont eux les stars : Mozart, Beethoven, Bach, Chopin… Où sont les femmes ?  » Quand on interroge les mélomanes, même les professionnels, on ne dépasse pas les dix noms de compositrices « , explique Claire Bodin, directrice du festival « Présences féminines », à Toulon.

Le Ministère de la culture a fait le même constat : dans les opéras et les centres nationaux de création musicale, seuls 2% des partitions jouées sont signées par des femmes. 2% également pour Le Haut Conseil à l’égalité Femmes-Hommes (HCE) qui a fait le décompte pour les gros festivals de classique : la Folle Journée de Nantes, les Chorégies d’Orange, le festival Radio-France à Montpellier, etc.

Le HCE pose plusieurs recommandations avec un système de bonus/malus pour inciter les producteurs à programmer de plus en plus de femmes. Objectif ? 50% de compositrices pour 50% de compositeurs. Avec comme moyen de pression, les subventions du Ministère… Cette politique des quotas fait réagir les intéressés. Dans un communiqué publié ce 8 mars, le réseau France Festival (80 festivals) rappelle que le déséquilibre femmes/hommes est  » en partie la résultante d’un héritage de répertoires essentiellement masculins, du Moyen-âge au 20e siècle  » et souligne la nécessité pour les festivals  » d’exhumer les œuvres des compositrices du passé et d’offrir une visibilité renforcée aux compositrices de notre temps.  »

Le chemin est encore long.  » Si une démarche de parité est légitime, il est toujours difficile de trouver des compositeurs femmes (sic). « , réponds le pianiste et chef d’orchestre Jean-François Heisser qui gère plusieurs festivals. Il avoue ne s’être jamais préoccupé des compositrices au festival du Méjan à Arles, festival de la ministre Françoise Nyssen !

« Au festival Présences féminines, j’ai déjà fait entendre plus de 100 compositrices en huit ans, rétorque Claire Bodin qui remue ciel et terre pour trouver les perles rares… sans recevoir d’aides substantielles du Ministère. Pour trouver une partition d’une compositrice, elle a dû envoyer « 81 mails contre 2 en général. »

Autre point noir : les programmateurs avancent toujours la moindre qualité musicale des œuvres des femmes, arguant  » qu’un génie méconnu, ca n’existe pas « . Directeur scientifique au Centre de musique romantique française, le Palazzetto Bru-Zane, Alexandre Dratwicki passe ses journées à chercher ces génies méconnus.  » Les femmes ont subi de lourdes contraintes qui ont freiné la production d’un corpus énorme – notamment en musique symphonique – qui pourrait nourrir des festivals pendant de nombreuses années. Les compositrices sont rarement précurseuses en termes de style mais cela n’empêche pas leurs œuvres de donner du bonheur au public. D’ailleurs, quand on programme des femmes, les mélomanes viennent, ils sont curieux.  »

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10 noms à retenir
 » Il n’y a peut-être 100 compositrices connues pour 1000 compositeurs  » avance Paul Fournier, le président du réseau France Festival. Si on commençait par en retenir dix ? La pionnière est Hildegarde von Bingen, mystique du Moyen-Âge qui composa plusieurs chants. A l’époque baroque, on retiendra les noms de l’italienne Barbara Strozzi et de la française Elisabeth Jacquet de La Guerre. Pour le XIXe siècles, Louise Farrenc ou encore Fanny Mendelssohn s’est battu pour publier ses œuvres… parfois éditées sous le nom de son frère Felix Mendelssohn. Et bien sûr, Clara Schumann, souvent reléguée au rang de « femme de Robert Schumann  » a publié 23 opus dont un très beau concerto pour piano. Au XXe siècle, elles sont légion : Mel Bonis, Cécile Chaminade, Lili Boulanger, Germaine Tailleferre. Aujourd’hui, elles sont heureusement plus nombreuses. La plus célèbre est finlandaise : Kaija Saariaho a publié plusieurs opéras, dont le récent  » Olny The Sound Remains  » (DVD disponible chez Erato).


Article paru dans Le Parisien du 8 mars 2018.

5 Comments

  • Pingback: Ou sont les compositrices ? Marie Jaëll (1832-1882) | Classique mais pas has been

  • J’ai écouté jusqu’à ce jour, dans un service d’écoute continue ou streaming, l’équivalent de 64 jours de musique classique composée par au-delà de 1760 femmes. C’est là une fraction de la musique que j’ai découverte dans ce service d’écoute continue. J’en suis par ailleurs à ma 17e playlist de 10 oeuvres jugées dignes d’être exécutées par des orchestres symphoniques, donc 170 oeuvres symphoniques composées par des femmes, et je ne cesse d’en découvrir d’autres. Ces listes sont disponibles sur Soundsgood. Pour avoir fouillé la question, je sais qu’en plus de toutes celles connues, de nombreuses oeuvres du passé sont à découvrir, sans compter celles des nombreuses compositrices émergentes. Bref, trouver des oeuvres pour orchestres symphoniques, de chambres, pour ensembles, etc., n’est vraiment pas un problème. Ce qui manque, c’est la volonté de les programmer.

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    • Séverine Garnier Post author on

      Nous ne pouvons que recommander le site en question : https://autregenre.com
      Un magnifique travail. Messieurs les programmateurs, mesdames les programmatrices, vous n’avez plus d’excuses ! Et bravo à Michelle.

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  • Louise Farrenc est une compositrice du XIXème siècle, pas du XXème !

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    • Séverine Garnier Post author on

      Mais oui vous avez raison. Louise Farrenc est née à Paris le 31 mai 1804 et morte à Paris le 15 septembre 1875.
      Rectification faite !

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