Un violoncelle qui a fait la guerre LVG9 par Yves Crozelon - Emmanuelle Bertrand et le violoncelle "Le Poilu" Full view

Un violoncelle qui a fait la guerre

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CONCERT – Le spectacle d’Emmanuelle Bertrand, « Le violoncelle de guerre » raconte l’étonnante histoire du « Poilu », un violoncelle né dans les tranchées de 14-18. Rencontre avec la violoncelliste et avec l’Histoire.

1914 : Maurice Maréchal, brillant violoncelliste de 22 ans, part pour le front. La musique lui manque tellement que deux soldats ébénistes lui font la surprise de construire  » le Poilu « , un violoncelle fabriqué à partir de caisses de munitions allemandes. Il donnera des concerts pour les soldats et échappera à la mort. Depuis dix ans, la violoncelliste Emmanuelle Bertrand se passionne pour cette histoire. A l’occasion du centenaire de la Première Guerre, elle la raconte dans le spectacle  » Le violoncelle de guerre  » avec le comédien Christophe Malavoy. Rencontre avec la violoncelliste.

Comment avez-vous découvert l’histoire du violoncelle  » le poilu  » ?
E.B. : Maurice Maréchal était le maître de Jean Deplace, qui fut mon professeur au Conservatoire supérieur de Lyon en 1988. Il m’a raconté l’histoire. J’étais gamine et je rêvais de voir et d’entendre ce drôle d’instrument. Je savais qu’il était dans les réserves du Musée de la musique à Paris et personne ou presque ne pouvait le voir. En 2011, la Cité de la Musique (actuellement Philharmonie de Paris, ndlr) m’a donné  » carte blanche « . J’ai demandé à voir le Poilu.

Qu’avez-vous éprouvé en le voyant pour la première fois ?
C’était un moment particulier, nimbé de mystère, comme dans un film d’espionnage ! La descente dans la réserve se fait par une succession de portes protégées par des codes. Le conservateur me répétait :  » je ne devrais pas vous emmener là… « . Et puis, il m’a mis l’instrument entre les mains et j’ai tout de suite su… qu’on ne pourrait jamais le jouer. Il était trop endommagé. J’ai passé deux jours de déprime. Puis j’ai vu mon luthier Jean-Louis Prochasson qui m’a proposé d’en faire une copie… C’est un miracle car maintenant je peux voyager avec et raconter son histoire.

Cette copie a un très beau son… était-ce le cas de l’original ?
Oui, si surprenant que cela puisse paraître. Dans ses carnets de guerre, Maurice Maréchal décrit précisément l’instrument et sa qualité. Il ajoutait  » ce violoncelle ferait le désespoir des luthiers « . J’ai d’abord cru que ça voulait dire que l’instrument était mauvais, mais c’est tout le contraire : ce violoncelle fabriqué en bois de récup’ et cloué (il n’y avait pas de serre-joint sur le front !) avait un timbre magnifique. Il n’était pas très puissant par contre, à cause de l’épaisseur du bois.

Que jouait Maréchal sur le front ?
Des œuvres de son contemporain Claude Debussy, des airs populaires de l’époque de Edouard Lalo, … et même du Wagner ! Maréchal s’insurgeait contre ceux qui voulaient interdire la musique allemande, les  » génies de l’autre race  » comme il écrit. Pour  » le violoncelle de guerre « , j’ai choisi des musiques que ses lettres m’inspiraient : du Bach, Ravel, Debussy, du Pascal Amoyel (le pianiste Pascal Amoyel est le mari de Emmanuelle Bertrand, ndlr) et du Britten. La musique de Britten, écrite dans les années 1960, incarne magnifiquement les premiers mois du jeune soldat qui souffre terriblement du manque de musique, en plus de la brutalité de la guerre.

Pourquoi cette histoire touche-t-elle le public ?
Elle montre que la musique est parfois la dernière chose qui rattache un être à la vie.

Prochaine date :
Vendredi 16 mars, 20H30, Agora du Haut-Carré, Talence (33). 5 et 20 euros. Dédicace de Christophe Malavoy, auteur de  » Mon père, soldat de 14-18  » (Seuil) le 16 mars à 18h à la librairie Georges. Entrée libre.
Toutes les dates ici.

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