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Les fugues de Debussy… dans le Sud-Ouest Debussy et Chouchou Full view

Les fugues de Debussy… dans le Sud-Ouest

HISTOIRE – Il y a 100 ans mourait Claude Debussy. Le compositeur de « Pelléas et Mélisande » a fait plusieurs séjours dans le Sud-Ouest, tout au long de sa vie. Visite guidée.

2018 : année Debussy. Pour le centenaire de sa mort, le monde musical se mobilise pour rendre hommage à l’un des plus grands compositeurs du XXe siècle. Le pianiste Philippe Cassard, qui vient de publier une biographie de Claude Debussy (Actes Sud), place le créateur du « Prélude à l’après-midi d’un faune » parmi les compositeurs qui ont révolutionné la musique moderne. « Au XXe siècle, il y a Debussy, Schönberg et Stravinsky. Schönberg a offert une nouvelle manière d’agencer les sons, le dodécaphonisme, qui s’avèrera une impasse. Stravinsky sera novateur par son retour aux sources du rythme, à l’animalité dans la musique avec notamment Le Sacre du Printemps. Debussy réinvente le langage sonore en étant l’éponge des compositeurs avant lui : de Chopin, de la musique de la Renaissance, de Gounod, etc. Son style est celui de la sensation, de la sensualité, des sens, de l’impression : à l’écoute de Debussy, l’auditeur s’abandonne. »

1880, Villa Marguerite à Arcachon, comme professeur
Né le 22 août 1862 à Saint-Germain-en-Laye en région parisienne, Achille Claude Debussy découvre la musique par l’intermédiaire d’une tante. Il se révèle un véritable prodige et intègre le Conservatoire de musique de Paris à dix ans. Réservé mais dissipé, Debussy parvient néanmoins à nourrir ses ambitions musicales. A 18 ans, il a déjà commencé à composer. Son professeur Antoine Marmontel le recommande auprès de la baronne Nadeejda von Meck. Cette riche veuve russe cherche un précepteur pour sept de ses onze enfants et un musicien sachant très bien déchiffrer.
La baronne von Meck est connue pour être la grande mécène de Piotr Illich Tchaïkovski. De son protégé, qu’elle adore sans jamais l’avoir rencontré, elle reçoit régulièrement des pages de musique qu’elle veut pouvoir entendre. « Debussy est le candidat idéal pour ce travail, explique Philippe Cassard. Il vient d’avoir le prix de la classe d’accompagnement. A l’époque déjà, c’est la classe la plus exigeante. On y apprend à jouer n’importe quelle partition du premier coup d’œil. Debussy est curieux, réactif, très bien élevé. »
Ils posent leurs valises à la villa Marguerite à Arcachon en juillet 1880. Claude Debussy découvre cette grande bourgeoisie très argentée. « Château, chauffeur, jardinier, des villégiatures dans les grandes villes d’Europe : on n’a pas idée du luxe déployé par cette classe, commente Philippe Cassard. Pour le fils de petits commerçants qu’est Debussy, c’est l’extase. » En trois étés, ils iront en Autriche, en Italie, en Russie. La baronne von Meck lui fait découvrir la musique européenne. A Vienne, Debussy serre la main de Brahms. Il compose un premier trio, créé chez la baronne. Achille Claude s’invente une particule et signe ses cartes de visites : « A. de Bussy ».

1904, villa Osiris, à Arcachon, en plein scandale
Auréolé du Prix de Rome en 1884, Debussy obtient petit à petit la reconnaissance de son talent : après la « Suite bergamasque » (le fameux « Clair de lune » !) en 1890, le « Prélude à l’après-midi d’un faune » en 1894 fait forte impression. Puis vient le grand succès : « Pelléas et Mélisande », son unique opéra, créé en 1902 après dix ans de travail. Alors qu’il est marié à Lilly Texier, Claude Debussy entretient une liaison adultère avec Emma Bardac, une riche femme mariée d’origine juive. Elle l’invite dans la villa arcachonnaise de son oncle, le banquier Daniel Iffla dit Osiris, qui a fait construire deux villas et la synagogue d’Arcachon. La villa Osiris (aujourd’hui Alexandre Dumas) servira de refuge aux amoureux… avant la tempête. Lilly tente de se suicider à l’automne 1904 et le scandale éclate dans la presse. Claude Debussy perd de nombreux amis dont le poète Pierre Louÿs, un habitué d’Arcachon. Claude épouse Emma en 1908. En 1905 nait leur fille Claude-Emma dite « Chouchou », pour laquelle il écrira le « Children’s Corner ».

Septembre 1916 au Moulleau en convalescence
Rongé depuis 1909 par un cancer du rectum, Debussy part se reposer en septembre 1916 avec sa famille sur le Bassin. A l’idée des 12 heures de train, il est d’une humeur massacrante : « Nous partons pour Arcachon demain soir… affirmer que ce voyage m’enchante serait exagéré. Enfin… je reverrai l’Atlantique qui est le père de toutes les mers… » La famille s’installe au Grand-Hôtel du Moulleau, un modèle d’inconfort pour le compositeur qui commente de son humour mordant : « dans cet hôtel il n’y a ni gaz ni électricité, par contre il y a plusieurs pianos à chaque étage. C’est gênant et je ne vois pas à quoi ça peut servir ? », ironise-t-il dans une lettre au compositeur Paul Dukas. En octobre, il peste contre le jeu de Louis Roosor, violoncelliste bordelais qui veut défendre sa musique. « Il m’a fait regretter pendant un moment d’avoir écrit une sonate pour violoncelle, et douter de la sureté de mon écriture ! » A son éditeur, il concède : « S’il n’y avait pas : l’Atlantique, l’air des pins, une lumière charmante, il faudrait s’en aller toute de suite. »

Été 1917, Claude de France sur la Côte-Basque
A cause de sa maladie, Debussy ne peut s’engager dans la Première Guerre Mondiale, ce qui désole ce patriote. Il signe ses lettres « Claude de France » et donne plusieurs concerts caritatifs. « Les concerts ne sont pas son truc, commente le pianiste Philippe Cassard. Debussy est un bon musicien. Il sait par exemple accompagner des chanteurs mais il se produit à contrecœur », ou pour la bonne cause. Les concerts du 11 septembre 1917 à Saint-Jean-de-Luz et du 14 à l’Hôtel du Palais de Biarritz sont donnés au « bénéfice de la Somme dévastée ». Debussy loge au chalet Habas, chez le colonel britannique Nicholl, parti sur le front. « La maison est charmante… un jardin paisible et facile à connaître. Au fond, des petites montagnes douces, sans prétention à devenir célèbres. Un calme biblique. Un silence extraordinaire (dirait Maeterlinck) », une référence au deuxième acte de « Pelléas et Mélisande ». Debussy restera à Saint-Jean-de-Luz du 3 juillet au 3 octobre 1917, avant sa mort à Paris le 25 mars 1918.

A lire :
– Claude Debussy par Philippe Cassard (Actes Sud)
– « DeBussy » par Ariane Chartron (Poche Folio)

A écouter : la journée « Debussy » consacrée par France Musique
Les coffrets !
– L’intégrale de l’œuvre pour piano par Alain Planès, 5 CD édités par Harmonia Mundi.
« Impressions, the sound of Debussy » par Warner Classic : un coffret « best of » avec de grands interprètes comme Aldo Ciccolini et… Claude Debussy lui-même qui joue « La Soirée dans Grenade ».

Article paru le 1er avril 2018 dans Sud Ouest, Le Mag.

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