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Où sont les compositrices ? Marie Jaëll (1846-1925)

COMPOSITRICES – Les femmes créatrices de musique, et de belle et grande musique, existent : la preuve avec Marie Jaëll et son puissant Concerto n°2 pour piano.

En 2012 les lecteurs de ce blog ont pu faire avec moi la re-découverte de l’étonnante Marie Jaëll (1846-1925), compositrice, pianiste et pédagogue française qui a utilisé la neuropsychologie au service de l’enseignement de la musique.

Née en Alsace, Marie Trautmann est issue d’une famille d’agriculteurs aisés. Formée par de grands professeurs des deux côté du Rhin, elle entre au Conservatoire de Paris en 1862 et obtient un premier prix de piano après quatre mois de cours. S’en suivent, de 1855 à 1862, 145 concerts en France, en Allemagne et en Suisse.

En 1886, elle épouse le célèbre pianiste Alfred Jaëll (1832-1882), élève de élève de Czerny. Ils s’installent à Paris et donnent ensemble des concerts en Europe. Le couple fréquente Chopin, Brahms, Nikolaï Rubinstein et Liszt, qui sollicite l’avis de Marie Jaël sur certaines de ses compositions : la troisième Mephisto-Walz (qu’elle aide à achever) et la Faust-Sinfonie. Vers 1871, Liszt fait éditer les Valses à quatre mains de Marie Jaëll et les joue à Bayreuth avec Camille Saint-Saëns.

Marie Jaëll est admise en 1887 comme membre actif à Société des compositeurs de musique. Son oeuvre, riche, va du piano seul au concertos pour piano et pour violoncelle en passant par le quatuor à cordes, les trios et même un opéra !

Après la mort de son mari en 1882, elle poursuit les concerts et élabore à partir de 1895 une méthode d’enseignement du piano. Très intuitive, la méthode Jaël applique au piano les cours de psychologie que Marie Jaël suit à la Sorbonne et à la clinique de Bicêtre dans la ligne de Charcot. Pour simplifier, Marie Jaël encourage le pianiste a se créer une image mentale pour soutenir son interprétation… une idée qui n’a pas vieilli.

Sous l’impulsion du Palazzetto Bru-Zane, Centre de musique romantique française (lire ici), l’Orchestre de Lille re-créait en 2012 les deux concertos de cette compositrice contemporaine et ami de Liszt. Pour moi, ce fut un choc. En ces temps où les programmateurs se demandent où trouver des oeuvres de compositrices (le Ministère les y pousse fortement), voilà donc une piste.

Je ne retire pas un mot de ce que j’écrivais à l’époque à propos de cette première écoute du deuxième Concerto pour piano : « J’ai été subjuguée par la musique de Marie Jaëll, notamment sont deuxième Concerto : de facture « post-lysztienne » (dans la bouche de certains commentateurs de la soirée, cet adjectif semblait une implacable critique!), la partition révèle une belle puissance et une grande passion. J’y ai personnellement trouvé de la violence, que j’associe à cette violence créatrice et déterminée que peuvent avoir les femmes qui prennent le droit de s’exprimer quand leurs sœurs sont encore condamnées au silence et à l’abnégation.

Pour moi, il faut écouter cette oeuvre en prenant la mesure historique d’une telle écriture, féminine, personnelle, volontaire. Ce Concerto peut sans soucis « entrer au répertoire » des orchestres, et s’il ne l’est pas déjà, c’est bien à cause du sexe de son auteur, un jugement que je partage avec Sébastien Troester, l’éditeur passionné de partitions rares qui est à l’origine de cette re-découverte.

L’orchestre de Lille dirigé par Joseph Swensen s’est très bien défendu et les deux solistes, Romain Descharmes et surtout David Violi se sont beaucoup investis dans cette re-découverte. David Violi a été bluffant de technique, de sensibilité et de compréhension de cette oeuvre « nouvelle ». »

Le même orchestre enregistré ces oeuvres et un livre disque a été édité par le Palazzetto :

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