Maxim Emelyanychev, jeune homme-orchestre Maxim Emelyanychev 2©Jean-Baptiste Millot Full view

Maxim Emelyanychev, jeune homme-orchestre

PORTRAIT – Un nom à retenir ! Maxim Emelyanychev, jeune prodige russe du piano et de la direction est de passage à Bordeaux… l’occasion de rencontrer ce fascinant musicien et de parler de son actu : la direction de l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine et de l’ensemble Il Pomo d’Oro et un magnifique CD de sonates de Mozart.

Vif, souple et tranchant : tels sont les adjectifs qui viennent à l’esprit quand on regarde Maxim Emelyanychev diriger. Ce petit génie de la musique, 30 ans, sera à la tête de l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine jeudi 26 avril. Autour de lui, une cinquantaine de musiciens. « Il n’y a que 16 violons, explique Maxim Emelyanychev d’un air mutin. J’aime cette configuration qui permet un son plus clair, plus transparent, deux aspects très présents dans la musique française du début du XXe siècle au programme de ce concert ». A savoir « La petite Suite » de Claude Debussy, la « Pavane » de Gabriel Fauré et la « Sinfonietta » de Francis Poulenc. « Pas besoin d’un grand orchestre quand l’acoustique est bonne et que les interprètes sont des pro. » Il lui a fallu trois minutes pour se rendre compte que c’était le cas à Bordeaux ! Il a aussi pris soin de changer la disposition des premiers et seconds violons, non pas ensemble à droite du chef mais séparés de part et d’autre du pupitre. Pourquoi ? J’aime la stéréo », clame Maxim Emelyanychev. Sans doute… mais on le soupçonne aussi de vouloir bousculer les habitudes des musiciens et provoquer du nouveau.

Maxim Emelyanychev est né en 1988 en Russie dans une famille de musiciens de Nizhny Novgorod, région traversée par La Volga. Entre un père trompettiste et une mère choriste, il a toujours baigné dans le monde musical. « Je lisais les partitions d’orchestre de mon père : « Carmina Burana » et le « Concerto de Bartok ! » A Moscou, il étudie la direction et le piano. Dans son dernier disque en solo (Aparté), il joue trois sonates de Mozart sur un pianoforte, le piano du temps de Mozart, instrument qui demande une technique particulière. Là encore, Maxim fait des merveilles : délicatesse, expressivité, vivacité. On ne savait pas qu’un « vieux » piano-forte pouvait offrir de si belles nuances et couleurs. Déjà en 2013, sa participation à l’enregistrement des « Noces de Figaro » de Mozart dirigé par Teodor Currentzis lui a valu le prix le plus prestigieux en Russie. Savoir que le « Concerto pour clarinette » de Mozart sera donné jeudi soir, avec Raphaël Sévère en soliste, met l’eau à la bouche.

En octobre 2018, Maxim Emelyanychev dirigera « Serse » au Théâtre des Champs-Elysées avec l’ensemble Il Pomo d’Oro… autre trophée dans le parcours de Maxim Emelyanychev. « Je fais partie de cet ensemble depuis ses débuts, s’exclame le jeune chef avec enthousiasme, et je l’ai ai dirigé de temps à autres. » Il omet par modestie de dire l’essentiel : son dernier enregistrement avec Il Pomo d’Oro (« In War and Peace – Harmony through Music » avec Joyce DiDonato paru ce mois-ci en DVD) leur a valu deux nominations aux Grammy Awards, excusez du peu.

En solo ou avec orchestre, sur instrument d’époque ou avec les instruments modernes à Bordeaux. Rien ne semble un obstacle au jeune chef. « Je dirige sans baguette. C’était utile jadis pour garder l’attention des musiciens. Plus maintenant. Le rôle du chef n’est plus le même qu’il y a, disons 50 ou 30 ans. Les musiciens sont plus responsables, plus autonomes. Ils savent déjà jouer ensemble ! J’aime énormément cela. Le chef d’orchestre sert à réunir les idées des musiciens sur la façon de jouer. » Quand l’intelligence musicale s’ajoute à l’intelligence humaine…

1 Comments

  • Sans aucun doute un artiste à suivre, il a l’air beaucoup plus jeune que ses 30 ans (bien que ce soit déjà un jeune âge pour endosser si promptement le rôle de chef d’orchestre !)

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