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CD : l’ensemble La Tempête sur le chemin de Résurrection

INTERVIEW – Le dernier disque  de La Tempête, « Larmes de résurrection » (Alpha), est à l’image de cet ensemble :  profond, décalé et hypnotique. Décalé car Il propose une association originale entre la musique baroque luthérienne et les origines moyen-orientales du christianisme. Hypnotique car il utilise des moyens musicaux audacieux et respectueux du sens de cette musique. Profond, car cet enregistrement a été nourri par une vraie sensibilité au spirituel et aux mystères de l’Esprit. Rencontre avec son directeur, Simon-Pierre Bestion.

Ce disque associe deux œuvres assez différentes…
Simon-Pierre Bestion : J’ai réuni deux œuvres baroques allemandes qui ont en commun leur proximité avec le baroque italien : L’Histoire de la Résurrection du Christ de Heinrich Schütz (1585-1672) et des extraits des Fontaines d’Israël de Johann Hermann Schein (1586-1630). Schütz et Schein n’ont pas cette rigueur stéréotypée qu’on imagine parfois être celle de la musique baroque. Leur musique est une démonstration de profondeur. Elle ne reste pas en surface… comme peut le faire le baroque français !

Vous avez fusionné deux œuvres dans l’enregistrement… Votre marque de fabrique ?
A l’écoute de L’Histoire de la Résurrection du Christ, j’étais envouté et même sidéré par cette récitation perpétuelle de l’évangéliste, mais je voulais éviter des longueurs et des redondances. J’ai donc intercalé Les Fontaines d’Israël. Cela permet de s’échapper tout en restant dans la thématique et le style.

Pourquoi avoir choisi un chantre byzantin pour chanter l’évangéliste ?
Je n’imaginais pas un chanteur lyrique qui interprèterait ces mots de façon tragique. Je voulais que ce récit soit donné de manière simple, voire triviale. Pour qu’il sonne comme une histoire vraie, j’ai choisi quelqu’un de croyant : Georges Abdallah est chrétien libanais. Le choix d’un chantre byzantin coulait de source car la ligne mélodique écrite par Schütz évoque des modes anciens. Nous n’avons rien touché à la partition. Il a juste ajouté quelques ornements quand la mélodie l’appelait.

Mais… il chante faux !
Il n’a pas la même justesse que nous : il est pas dans le mésotonique et, oui, parfois il chante faux ! Même s’il a été formé au conservatoire au Liban, chanter n’est pas un métier pour lui et il était impressionné par la technique des chanteurs lyriques de La Tempête. En échange, j’ai beaucoup de respect pour ce son naturel, ce côté brut et sauvage… tout ce qui est interdit en lyrique.

Cet enregistrement a été ponctué de beaux « hasards »…
Oui, et globalement l’année 2017 a été très riche de ça ! C’est inexplicable. D’abord le visage qui apparaît sur la couverture. J’ai croisé cet homme dans le métro, ligne 13, et j’ai ressenti un coup de foudre pour son visage… qui était celui de mon père mort quelque temps plus tôt. Mon père m’avait beaucoup encouragé dans le projet de ce disque, alors que je traînais les pieds. J’ai abordé l’homme du métro, un moine orthodoxe éthiopien, venu en France pour être soigné d’une grave maladie. L’idée de participer à une Histoire de la Résurrection lui a beaucoup plu… Je ne l’ai pas revu depuis la séance photos.

Pourquoi ce thème vous touche-t-il ?
Ce n’est pas la résurrection en soi qui m’intéresse, mais ce phénomène que j’ai vécu : chercher partout dans notre quotidien un être cher qu’on a perdu. Je l’ai éprouvé envers mon père mort pendant la réalisation du disque, comme peut-être les disciples envers le Christ. On cherche l’âme de celui qui est parti. Je vois l’histoire de Jésus comme un conte africain, avec sa part de surnaturel. Pas besoin de savoir si elle est vraie. Je ne suis pas croyant dans le sens où je ne me sens pas appartenir à une Église mais j’éprouve un sentiment spirituel évident.


Article paru en partie sur le site de Mécénat Musical Société Générale, mécène de La Tempête.

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