• Home  /
  • Evenements   /
  • Björn Schmelzer : « je me moque du tribunal de la musique ancienne »
Björn Schmelzer : « je me moque du tribunal de la musique ancienne » Graindelavoix©Koen Broos Full view

Björn Schmelzer : « je me moque du tribunal de la musique ancienne »

FESTIVAL DE SAINTES – L’ensemble Graindelavoix présente ce soir à l’abbatiale ses « Vêpres chypriotes », un programme surprenant.

Björn Schmelzer est un drôle de bonhomme. Cheveux longs et lunettes noires : à le voir traverser la cour de l’Abbaye aux Dames, où il joue ce soir, on ne devine pas qu’il est anthropologue, musicologue, chercheur, historien et musicien. Ce Flamand parfaitement francophone a fondé dans les années 2000 à Anvers en Belgique, l’ensemble Graindelavoix… en un seul mot. Avec ce groupe de chanteurs, il explore des traditions vocales anciennes avec un grain de folie dans l’interprétation.

Le titre du programme de ce soir, « Vêpres chypriotes », interpelle car il fait entendre une musique du temps des croisades signée de Jean Hanelle… un illustre inconnu ! « Petit vicaire de Cambrai, dans le Nord du Royaume de France, Jean Hanelle a suivi son mécène, l’illustre famille des Lusignan, à l’autre bout de la Méditerranée à Chypre, explique Björn Schmelzer. Chypre était vue comme la dernière forteresse chrétienne après la perte de Jérusalem, sorte de paradis perdu. » Hanelle s’inspire de la musique donnée au Saint-Sépulcre, à Jérusalem. Son manuscrit datant des années 1430 témoigne du style de cette époque : la polyphonie du Moyen-âge, un art des plus subtiles ou « ars subtilior ».

Il est étonnant d’imaginer la musique de nos abbayes chantée à quelques kilomètres des côtes de l’actuel Liban. « Cette musique est très sensible, très raffinée mais avec des syncopes et des rythmes étranges », avance Björn avec amusement. Car il semble que Jean Hanelle ait glissé quelques couleurs byzantines dans sa musique… « L’exotisme géographique fait tout l’intérêt de cette musique, analyse le musicologue. Déjà, à l’époque, les Européens sont friands des autres cultures. »

« Ce qui m’intéresse, poursuit-il, c’est l’idée du voyage, du déplacement, l’exotisme qui captivait déjà les gens. J’ai découvert qu’à la Cathédrale de Cambrai, il existe une icône byzantine qui aurait été peinte par Saint Luc… Bien sûr c’est un faux mais c’est amusant ! » Pour chanter cette musique, Björn s’entoure de deux chanteurs « byzantins », l’un originaire d’Alep et l’autre formé en Grèce.

De la musique ancienne teintée de musique de monde ? Björn s’insurge : « Attention au danger de la fusion ! Je déteste le mix gratuit ! Il faut être très précis. On peut toujours tout faire, même jouer du Jean-Sébastien Bach au saxophone. Il y a des potentiels dans chaque musique et on doit les développer. Par contre, tous les répertoires ne peuvent pas tout « encaisser », il y a des limites. Parfois, quelque chose résiste. Mais je me moque du tribunal de la musique ancienne qui dicte ce qu’on peut ou ne pas faire. C’est à l’artiste d’en décider ! »

Samedi 14, 22h, Abbatiale de la Cité musicale. 39 à 44 euros. Tarif réduit : 8 euros. 1 euros pour les moins de 18 ans. 05 46 97 48 48.

Leave a comment