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Lucille Richardot : « Découvrir ma voix fut un choc »

ENTRETIEN – La mezzo-soprano chante ce soir à l’Abbaye avec l’ensemble Correspondances.
Une voix exceptionnelle ! Lucile Richardot a chanté avec les grands ensembles de musique baroque comme Les Arts Florissants, le Monteverdi Choir, Pygmalion et surtout Correspondances. L’ensemble dirigé par Sébastien Daucé, un intime du Festival de Saintes, met en avant la voix profonde et envoutante de la mezzo-soprano dans un programme sur-mesure à écouter ce soir dans l’abbatiale.

Comment avez-vous « découvert » votre voix ?
L.R. : Ce fut un choc ! Les filles, comme les garçons, ont une mue. Le passage est beaucoup plus discret que pour les garçons… sauf chez moi (rires). Ma voix est passée radicalement de l’autre côté. Je chantais dans un chœur d’enfants. Après une grippe, je suis devenue aphone. Quand la voix est revenue, j’avais perdu une quinte (cinq notes plus bas, ndlr). Alors que chantais avec les sopranos aigues, on m’a placé avec les altos. Je l’ai pris comme un déclassement social. Avoir la voix supérieure était confortable : elle chante la mélodie, elle est la plus facile à apprendre ! Une fois devenu alto, je ne jouais parfois que deux ou trois notes sur un morceau entier… Mais d’autres moments étaient merveilleux : la voix grave fait le contre point, l’harmonie, c’est à dire tout le « groove » de la partition. De cette contrariété est né un plaisir.

Quel répertoire chantez-vous ce soir à Saintes ?
Ce programme intitulé « Perpetual Night » (la nuit perpétuelle) repose sur la tradition anglaise du « mask ». Cette musique de scène rythme les pièces de théâtre, comme Charpentier et Lully dans les pièces de Molière ou comme dans les comédies musicales d’aujourd’hui où des chansons suivent un échange verbal. Les Anglais du temps de Shakespeare ont inventé cette idée qu’une pièce s’arrête pour laisser la place à la musique. Jusque là, les acteurs étaient aussi chanteurs : ils ne ménageaient pas leur voix ! Avec le « Mask », on laisse les acteurs se reposer et on emploie de vrais musiciens dédiés, des voix « fraîches ».

Homme ? Femme ? Enfant ? On ne sait pas toujours pour qui ces polyphonies étaient écrites. Ces « songs » évoquent la poésie, l’amour, la nuit, Orphée aussi, le dieu des musiciens… Le ton est plutôt mélancolique. Les Anglais ont tendance à tout dramatiser (rires) ! Nous alternons ces « songs » avec des « ayres », des airs chantés dans les maisons des nobles, mécènes des compositeurs. Henry Purcell est le compositeur le plus connu de notre programme mais il y a aussi Mathew Locke, William Lawes, John Blow et des noms encore plus rares que Sébastien Daucé a dénichés à la Bibliothèque National de France.

Quelle émotion éprouvez-vous devant une partition originale ?
Je suis face à la Joconde ! J’ai sous mes yeux une page touchée par le maître… il y a un truc en plus ! Imaginez : cette partition a subi les incendies, les guerres, a traversé quatre siècles pour arriver devant moi … Néanmoins, les partitions anciennes laissent beaucoup de latitudes à l’interprète. Je l’aborde avec mon humeur : si le compositeur n’a rien précisé, j’ornemente à ma façon dans un style forcément nourri de toutes ces musiques qui nous ont séparés.

Est-ce vrai que vous avez été journaliste ?
Oui… J’ai même fait un stage à Sud Ouest à La Rochelle en 2001 ! Mais je ne trouvais pas de boulot, ca ne marchait pas, alors que le chant… si !

Lundi 16 juillet, 19h30, Abbatiale de la Cité musicale. 35 à 49 euros. Tarif réduit : 8 euros. 1 euros pour les moins de 18 ans. 05 46 97 48 48.

Article paru dans Sud Ouest Saintes du 16 juillet 2018.

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