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Codex : L’émancipation temporelle de Bruce Brubaker Bruce_Brubaker Full view

Codex : L’émancipation temporelle de Bruce Brubaker


CRITIQUE CD et CONCERT – Depuis Janvier dernier, le pianiste Bruce Brubaker défend sur scène son dernier album, « Codex », sorti sur le label InFine. Ce disque bouscule le temps en emmêlant des pièces issues de la Codex Faenza – l’un des plus vieux recueils de musique – et l’étude pour piano n°2 de Terry Riley.

À près de 60 ans, le pianiste Bruce Brubaker, passé par les plus prestigieuses institutions outre-Atlantique s’émancipe (à moitié) de son répertoire de prédilection, le minimalisme. Spécialiste des compositeurs Philip Glass, John Cage et autres américains du XX et XXIème siècles, Bruce Brubaker s’attarde dans son dernier album sur l’un d’eux, Terry Riley.

En effet, dans « Codex » (InFine), le pianiste se penche sur la « Keyboard Study n°2 » de ce compositeur pionnier du minimalisme. Brubaker propose quatre versions courtes de la partition modulable de Riley et, pour provoquer un contraste, insère entre ces quatre pièces des extraits du Codex Faenza, manuscrit considéré comme le premier recueil de musique pour clavier en occident.

Datant du XVème et reprenant des partitions du siècle précédent, le Codex compile une cinquantaine de pièces originalement vocales et adaptées pour les instruments à clavier (pas de piano à l’époque!). Il offre une belle représentation des compositeurs les plus en vue de l’époque : Guillaume de Machaut, Francesco Landini, Jacopo da Bologna… Littéralement le « manuscrit de faïence », ce recueil doit son nom à la ville italienne de Faenza dans laquelle est née cette poterie raffinée et où le Codex a été retrouvé dans les années 1930.

A première écoute, minimalisme et musique ancienne se fondent l’une dans l’autre. Cependant, on peut émettre une légère réserve sur le jeu du pianiste lorsqu’il aborde le Codex Faenza. Si Brubaker se permet une liberté bienvenue avec l’œuvre de Riley, il est plus timide face à ce recueil vieux de 600 ans. L’interprète reste ici dans une ambiance peu moderne : comme si il jouait sur un clavecin, il ne lie pas les notes et n’ajoute que peu de nuances au sein des pièces anciennes. Le contraste est donc saisissant avec les pièces minimalistes qui sont riches de nuances et de liaisons. Le voyage musical s’interrompt à chaque changement d’époque. Cette impression est confirmée au Festival de Saintes (Charente-Maritime), spécialisé en musique ancienne, où Brubaker jouait ce programme mi-juillet. La sensation de cassure selon le siècle se ressent d’autant plus avec l’acoustique tournante de l’abbaye : le piano se fait très doux sur Riley et beaucoup plus ferme sur le Codex.

Si le pianiste défend la théorie selon laquelle les époques n’ont pas d’importance en musique avec cet album qui les enchevêtre, le jeu de Brubaker nous paraît plus remarquable dans le minimalisme qu’en musique ancienne !

1 Comments

  • I heard a different album. Mr. Brubaker’s playing of the Codex pieces is a revelation. An extraordinary sonic and time exploration of this highly emotional music. With such simple means Brubaker tugs at my heart. I was crying.

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