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Compte-rendu : trois jours au Gstaad Menuhin Festival

FESTIVAL – Entre un duo explosif entre Sol Gabetta et Patricia Kopatchinskaja et les jeunes cheffes d’orchestre de l’Academy, les musiciennes ont brillé début août à Gstaad.

D’abord, un train qui remonte doucement le Lac Léman vers les montagnes. Le Gstaad Menuhin festival commence avant toute musique par cette nature qui vous enveloppe. Le casque sur vos oreilles devra bien sûr jouer une musique écrite pour la célébrer : la Symphonie alpestre de Richard Strauss (je recommande la version de Daniel Harding parue chez Decca). Avant la musique encore, s’ajoutera la gentillesse des Suisses chargés de valoriser leur patrimoine. C’est bien pour en faire la promotion que Gstaad a demandé à Yehudi Menuhin d’imaginer un festival. Le grand violoniste avait une propriété dans la station. Le festival dure tout l’été, de quoi nourrir l’activité hôtelière et touristique.

Dans ses ruelles flanquées de magnifique chalet de bois, des femmes voilées venues sans doute des émirats s’apprêtent à faire du shopping et des cyclistes en tenues moulantes s’entrainent pour le Tour de Suisse ! L’argent est là mais il se fait discret. Les marcheurs sont déjà sur les sentiers redescendront juste à temps pour les concerts… les mélomanes prennent place dans des églises charmantes, assez spacieuses et aux toits de bois. Ce détail d’architecture n’en est pas un : par rapport aux églises de pierres des villages français, l’acoustique de Gstaad est très confortable, comme le petit coussin qui vient améliorer le banc de bois de rigueur !

Dans l’allée, elles déboulent ! Patricia Kopatchinskaja avec son violon dans une main, sa tablette numérique dans l’autre (pour les partitions) et aux pieds, des chaussures à clochettes qui battent la mesure du « Tambourin » de Jean-Marie Leclair (1697-1764). Sol Gabetta tient haut son violoncelle et s’assoit rapidement pour enchainer sur une « Valse bavaroise », issus des 24 préludes de Jörg Widmann (né en 1973). Provoquer la surprise : telle sera le fil de ce concert avec des changements radicaux d’époques, avec des compositeurs innovants : le duo pour violon et violoncelle de Erwin Schulhoff (1894-1942) semble avoir été écrit dans les années 1970 or il date de… 1925 ! Au delà de sa modernité, il est long et peu captivant, même joué par de formidables interprètes. Les deux amies sont  des artistes biberonnées au Menuhin Festival. Reçues comme jeunes talents jadis, elles s’y sont produites régulièrement. « L’important est de revenir, de fidéliser son oubli », commentait quelques heures avant le concert Sol Gabetta (entretien à lire prochainement dans nos pages). Le public est là, docile aux propositions originales des deux musiciennes, et captivés par leur jeu.

Le duo violon-violoncelle passionne mais le répertoire est un peu court pour deux artistes de cette trempe. Sol et PatKop ont donc passé commande auprès de quatre compositeurs… en postant un appel sur Facebook ! Ce moyen inhabituel à autoriser certain à défier les deux artistes. Soit techniquement comme le duo que leur a écrit Arieh Chrem. Le Péruvien né en 1988 s’est inspiré de « L’hommage à Hilding Rosenberg » de György Ligeti (1923-2006). Une surenchère néo-expérimentale qui ne convainc guerre. Soit artistiquement comme l’a fait Evgeni Orkin . Ukrainien vivant en Allemagne, Orkin (né en 1977) s’amuse sur les noms des interprètes. Il demande aux artistes de jouer et de chanter deux onomatopées :  « Sol » et « Pa », chacune le sien. On pense à Mozart et à son « Pa, pa, pa, Papagena ». La musique reste moderne et joue sur les frottements pour créer un contraste. Proposition amusante qui réjouit les interprètes et montrent qu’elles savent tout faire  : jouer en chantant, créer de la musique moderne tout en riant. Dans la musique contemporaine, Sol et PatKop abordent un style vif, nerveux, et concèdent rarement un élan de tendresse mélodique. C’est très efficace ! Elles gardent ce style toute au long du concert, même dans le baroque : c’est pertinent dans Scarlatti mais décevant dans Bach. La musique de Bach est d’une modernité confondante et il n’est pas nécessaire de la traiter en moderne pour en révéler la modernité. Dommage aussi que les deux musiciennes n’aient pas eu envie de faire évoluer… la longueur du concert classique !

Changement de rythme le lendemain avec le concert final de l’Académie de direction. Direction la tente des concerts, magnifique construction temporaire mais à l’acoustique pertinente pour un petit orchestre, le Gstaad festival Orchestra, composé de jeunes musiciens recrutés pour le festival dans les orchestres de monde entier. Cette « Conducting Academy » a formé pendant trois semaines quelques douze apprentis chefs, sous la houlette de Johannes Schlaefli, professeur à la Haute-Ecole des arts de Zürich (Züricher Hochschule der Künste) . Neuf dirigeants paraissaient au concert, chacun se voyant attribuer un mouvement… exercice ingrat pour certaines œuvres notamment la symphonie « La Suisse » de Mendelssohn dont le deuxième mouvement est sans intérêt. Sur les neufs chefs entendus, trois se démarquent : la Coréo-américaine Holly Shoe (économie de gestes mais gestes hauts et lointains si besoin, dirige avec le regard, très bons choix des tempi et des nuances), l’Autrichienne Katarina Wincor (gestiques étranges très haute et virile mais les résultats sont là !  Un son très tenu) et la Norvégienne Tabita Berlung (gestes énergiques, amples et aiguës, belle ascendance sur les musiciens). Trois femmes chefs ! Trois noms à retenir et à programmer. On jubile.

 

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