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La Périchole de l’Opéra de Bordeaux s’ouvre sous les huées

COMPTE-RENDU – Ouverture de la saison lyrique, La Périchole d’Offenbach aura déchaîné le public bordelais, malheureusement pas pour des raisons artistiques !

Voilà une soirée qui restera dans les mémoires. Une soirée lyrique où la plus grande tension dramatique a lieu avant même que le rideau ne se lève ! Hier à l’Opéra de Bordeaux se jouait La Périchole d’Offenbach. Avant même qu’ils n’atteignent les marches du Grand-théâtre les spectateurs étaient accueillis en musique (en fanfare !) par les musiciens de l’Orchestre national Bordeaux Aquitaine, en habits de soirée. Les uns jouant, les autres distribuant des tracts : « Cher Public. L’opéra de rentrée est traditionnellement un moment très fort… cependant pour la première fois nous ne sommes pas associés à cet événement phare de la saison. Monsieur Marc Minkowski, directeur général de l’Opéra National de Bordeaux… a fait le choix de programmer l’ensemble qu’il a fondé Les Musiciens du Louvre plutôt que votre orchestre et son directeur musical… ». Le ton est calme sur le papier et sur les marches du Grand-Théâtre. Ouvrir une saison d’opéra sans son orchestre résident est un impair, sans aucun doute. Comme si une maîtresse de maison faisait son plan de table en oubliant son mari ! La direction était elle-aussi sur les marches et donnait ses arguments : cette production était également donnée pour une date (en version de concert) à Montpellier et à Salzbourg début juillet, alors que l’ONBA était déjà mobilisé par ailleurs (pour un concert du festival Les Estivales de Musique en Médoc). Les autres répondent : « qui est le maître du calendrier » ? Le maître tenant la baguette pour La Périchole, il est entrée sous les huées du public. « Nous aimons notre orchestre ! » s’est exclamé une spectatrice. Marc Minkowski a annoncé que la saison prochaine s’ouvrirait avec une autre étape de son cycle Offenbach, « Les Contes d’Hoffman », et que l’ONBA serait dans la fosse. Puis il s’est retourné et a lancé la musique avec énergie et sans hésitation.

Une mise en scène au stabilo
L’annonce « en avant-première » aura sans doute calmé les nerfs des Bordelais mais est-ce vraiment une bonne nouvelle ? Car la production de La Périchole ne nous a pas laissé un souvenir souriant et joyeux, comme on l’espère des opérettes. On sort de là, les yeux douloureux d’avoir été trop exposés aux paillettes, les oreilles aux cymbales. L’histoire d’amour entre La Périchole et son Piquillo, histoire d’amour contrariée par le vice-roi,  se fait dans un décors exclusivement rouge et noir, avec des costumes évoquant le « Cabaret » de Bob Fosse. Mais là où « Cabaret » avait l’ambiguïté des années brunes et du traversissement, La Périchole est tout en boissons, en coucheries, en clichés appuyés. De l’amour, on n’en sent pas vraiment entre les personnages. Le coup de foudre du vice-royal est balayé par la tenue du monarque, en slip sous son tablier de boucher… Qui rit encore de cela ? Toute l’oeuvre est ainsi traitée : quand Offenbach glisse une allusion sexuelle, elle est lourdement surlignée par la mise en scène (jeux de mot sur Vice / Vice-roi). Une mise en scène au stabilo qui pourtant est frappée ponctuellement pas un éclair de beauté : quand Pichillo est emprisonné et que six rubans rouges tendus depuis le ciel noir marque son joug.  C’est magnifique… jusqu’à ce que deux grilles de fer rouge, puis un décor de métal rouge ne viennent confirmer l’idée de prison. Au cas où le spectateur n’aurait pas compris, un écriteau vient s’allumer avec le mot « prison ». On nous prend pour des quiches ! Les marionnettes de Emilie Valentin et Jean Sclavis n’apportent pas grand chose à l’action ni au burlesque, doublant les personnages avec des silhouettes assez laides (homme au nez crochu et femme aux gros seins). On vous passe les deux marionnettes cachées dans les balcons de bord de scène, une pseudo bourgeoise (bordelaise ?) lisant « Gala » tandis que son vieux mari semble suivre la partition de l’opéra. Il faudra rappeler à ces messieurs qu’une révolution est en marche, un nouvel équilibre des sexes post #MeToo et qu’il y a moyen de jouer plus finement du jeu amoureux entre hommes et femmes.

Heureusement la musique nous sauve et les chanteurs nous élèvent. Donnons à Aude Extremo un joker. Annoncée souffrante, la mezzo a du s’accrocher à la battue du chef et négocier avec les défis de la partition (air de la griserie). Elle s’en sort très dignement et on lui souhaite de se remettre. On donnera deux trophées aux messieurs : le ténor Stanislas de Barbeyrac, à la voix légère et brillante, parfait dans le rôle du pauvre homme qui tient à son honneur et son amour. Sous cette montagne de paillettes, de diadèmes, de chaussures vernies, il est le seul, dans sa prison, à faire naître une émotion crédible dans nos cœurs. Le baryton Alexandre Duhamel est vocalement et scéniquement idéal dans le rôle du vice-roi. Son « Incognito » chanté tres pointé est excellent d’énergie et de diction. Les deux chanteurs nous font entrer dans l’histoire, nous font espérer son dénouement. Les Musiciens du Louvre, lourdement hués relèvent le gant brillamment. Pourtant, au bout de deux heures, ils laissent une prestation assez monolithe. Une fois le tempo lancé à toute vitesse et les timbales emballées, le premier violon Thibault Noally ne semble pas avoir le temps de faire chanter son instrument, que l’on sait pourtant brillant et sensible.

Que tente de nous apprendre Offenbach ? Que « le pouvoir rime avec tyrannie. Un pouvoir raillé, moqué et finalement impuissant face aux belles âmes » (dixit la note d’intention du metteur en scène Romain Gilbert). Alors ajoutons s’il vous plait à tout cela un peu de tact et d’élégance.

5 Comments

  • Bonjour
    Je ne comprends pas cette phrase:
    Le maître tenant la baguette pour La Périchole, il est entrée sous les huées du public.
    Et il y a une coquille à « cliché »

    Sinon, article très interessant.

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  • merci à bordeaux qui nous a évité un certain Minkovski à Toulouse : ouf!!

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  • Jeanne d'Arcachon on

    Après la dégringolade de la danse à Bordeaux on amorce celle de la musique ! Gand-Théâtre où est ta splendeur ?

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  • C’est dans ces moments là qu’on se prend à regretter l’époque de la direction de Thierry Fouquet qui jamais au grand jamais n’aurait ainsi humilier l’orchestre de Bordeaux!

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  •  » Comme si une maîtresse de maison faisait son plan de table en oubliant son mari !  »
    J’adore cet argument bourgeois par excellence.

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