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Concert du Quatuor Béla à Saintes : retour vers le passé

COMPTE-RENDU – Mi-octobre, l’Abbaye aux Dames de Saintes (Charente-maritime) proposait un retour de cent ans sous ses voûtes. Le quatuor Béla y jouait des œuvres de trois compositeurs phare du début de siècle dernier : Debussy, Britten et Ravel.

« On est loin du Baroque ». Un spectateur s’amuse : entre le Festival de Saintes et le concert du quatuor Béla, jeudi 11 octobre, l’écart est dense. Loin du baroque et de Jean-Sebastien Bach, l’Abbaye aux Dames accueillait un ensemble qui met le XXe siècle à l’honneur. Créé en 2006 à Lyon par quatre étudiants sortis des deux Conservatoires nationaux supérieurs de musique français, le quatuor doit don nom au compositeur hongrois Béla Bartók. Férus de musique contemporaine, les violonistes Julien Dieudegard et Frédéric Aurier, l’altiste Julian Boutin et le violoncelliste Luc Dedreuil rendent ainsi un hommage à ce compositeur qui a mis à l’honneur la musique folklorique de l’Europe de l’Est au XXème siècle. Avec le « désir de défendre le fabuleux répertoire du XXe siècle ainsi que la création », les quatre quarantenaires s’attaque autant à Debussy ou Ligetti qu’à des compositeurs encore en vie. Quelques jours avant le concert de Saintes, ils créaient une œuvre de Daniel d’Adamo au théâtre des Bouffes du Nord. Le quatuor s’échappe même de la musique classique en accompagnant le rockeur Albert Marcœur sur son dernier album Si oui, oui. Sinon non.

Le concert saintais s’ouvre avec le Quatuor à cordes en sol mineur de Claude Debussy. Pédagogue, l’altiste donne quelques indications sur le contexte de création de cette œuvre de 1893, la fin du XIXème siècle annonce « une revanche de la France. C’est à son tour de faire événement sur le scène internationale » déclare Julian Boutin. Avec sa structure classique en quatre mouvements, le quatuor du compositeur du Prélude à l’après-midi d’un faune est « inspiré d’une part part une antiquité fantasmée, d’une autre par une curiosité vers l’exotisme, notamment la musique balinaise que l’on ressent dans le Scherzo ». Le quatuor Béla, aidé par l’acoustique feutrée de l’auditorium et ses voutes de pierres, fait ressortir distinctement les sonorités de chaque instrument. Chacun se répond sans prendre le pas sur l’autre. Du début à la fin de la pièce, les mouvements de tensions sont rendus grâce à une exécution pointilleuse de la partition.

La soirée s’enchaîne avec trois Divertimenti de Benjamin Britten. Oeuvres de jeunesse, elles furent écrites pour des camarades compositeur du britannique. « Je ne connais pas ces jeunes gens, mais ils avaient certainement des caractères bien trempés » déclare le violoniste Julien Dieudegard. Composées en 1936, ces trois pièces de caractère s’amuse de leur dénomination : la Marche titube, la Valse perd son troisième temps et le Burlesque est burlesque.

La formation clôt son concert par une autre œuvre de jeunesse : le Quatuor en Fa majeur de Maurice Ravel. Ecrite en 1903 alors qu’il a 27 ans, la pièce donne le ton du répertoire à venir du compositeur français. Malgré une structure classique, cette pièce de musique de chambre fait déjà « ressentir la patte » de l’auteur du Boléro. Pour le violoncelliste Luc Dedreuil, « il fait entendre les nouvelles couleurs qui le suivront toute son œuvre» Avec un flegme presque à l’anglaise, les quatre musiciens semblent s’amuser de ce répertoire. L’apparente simplicité avec laquelle ils jouent replace dans le présent ces œuvres du siècle dernier.

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