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« Mysterien Kantaten » ou la magie de l’orgue selon Les Surprises surprises kantaten Full view

« Mysterien Kantaten » ou la magie de l’orgue selon Les Surprises

CRITIQUE – L’ensemble Les Surprises dirigé par Louis-Noël Bestion-de-Camboulas nous invite à la spiritualité à travers son nouveau disque, Mysterien Kantaten, paru aux éditions Ambronay.

A la tête des Surprises, ensemble qu’il a fondé, le chef Louis-Noël Bestion de Camboulas propose dans son nouveau disque Mysterien Kantaten un programme de musique liturgique baroque allemande, présentant ainsi son instrument, l’orgue, sous différentes facettes…

L’orgue comme soliste
Il existe en Allemagne une véritable tradition de l’orgue, notamment à travers la pratique du choral protestant. Les maîtres de chapelles, organistes, écrivant pour leur instrument, un certain nombre de préludes et de toccatas ont étés retrouvées. Louis-Noël Bestion de Camboulas a choisi de jouer sur un claviorganum. cet instrument hybride permet d’avoir un clavecin et un orgue, pour plus de possibilités musicales mais aussi peut-être par soucis de gain de place et de facilité de transport !

Les Surprises livrent ici deux transcriptions d’œuvres pour orgue arrangées pour deux violons, viole de gambe et continuo : la Chaconne en fa mineur de Pachelbel qui ouvre le disque et la Passacaille en ré mineur de Buxtehude qui calme les esprits. Les instruments sonnent dans le prolongement de l’orgue, comme une extension de celui-ci. Des couleurs nouvelles apparaissent; des contrastes, des effets de profondeur du fait de l’indépendance des instrumentistes. Chaque voix n’est plus sujette uniquement aux deux mains de l’organiste !

Le disque présente une autre œuvre pour orgue, cette fois-ci seul ; le Prélude en ré mineur d’Heirich Scheidemann. Cet opus permet d’entendre clairement le claviorganum : sans transition nous passons de l’orgue au clavecin. Cet instrument n’a pas la portée et la rondeur d’un grand orgue d’église sur lequel pouvait être jouée cette pièce, mais l’esprit est là, avec ses imitations, ses ornements, ses marches expressives. Nous pouvons entrevoir ce que sera peu de temps après l’art de Bach !

L’orgue comme accompagnateur
L’orgue, instrument polyphonique, fait partie du continuo qui avec les autres instrumentistes va accompagner, soutenir, appuyer les voix Maïlys de Villoutreys et d’Etienne Bazola dans leur arias. Après le chant du violon suit celui de la soprano spécialiste de la musique baroque (on la retrouve avec Le Banquet Céleste). L’aria Klag-Lied de Buxtehude est tout en lignes mélodiques, en intervalles expressifs pour exprimer de façon crue la douleur de la mort. L’orchestre soutient cette voix qui nous incarne la fragilité (Klagen veut dire « se plaindre »), il lui crée un cocon en l’accompagnant dans son développement.

L’ensemble nous fait entendre des œuvres de compositeurs peu connu tels que le De profundis clamavi de Nicolaus Bruhns, disciple de Buxtehude. Très grave, la tessiture peu à peu monte pour symboliser l’espoir de pardon. Le baryton Etienne Bazola, récemment salué dans la recréation d’Issé avec les Surprises (voir notre article), alterne longues phrases et mouvements plus soutenus. On ne peut que retenir son souffle ! Les deux chanteurs se rejoignent dans un duo Wohl dem, der den Herren fürchtet de Christoph Berhard, dans lequel on peut également apprécier le timbre chaud de l’orchestre !

Mysterien Kantaten – Les Surprises – sortie le 25 mai 2018
Cantates et Sonates de Buxtehude, Pachelbel, Bruhns…
Ambronay Editions

Maïlys de Villoutreys, soprano
Etienne Bazola, baryton
Marie Rouquié et Gabriel Ferry, violons
Juliette Guignard, viole de gambe
Etienne Galletier, théorbe
Louis-Noël Bestion de Camboulas, direction, clavecin et orgue

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