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Avec « L’Ours », Le Concert de la Loge fait son miel de Haydn 1©Jean-Baptiste Millot Full view

Avec « L’Ours », Le Concert de la Loge fait son miel de Haydn

CD – Le Concert de la Loge dirigé par Julien Chauvin publie le troisième volet de son intégrale des symphonies de Haydn. La Symphonie « L’Ours » est associée à deux partitions étonnantes évoquant l’année mythique de 1789. 

Les titres des symphonies de Haydn ont parfois un petit côté ridicule. La Symphonie n°82 en ut majeur, Hob.I.82 dite « L’Ours » est l’œuvre phare du nouveau disque de l’ensemble Le Concert de la Loge dirigé par Julien Chauvin, après « La Poule » enregistrée l’année dernière et « La Reine » en 2016.

Le Concert de la Loge a entrepris de graver l’intégrales des symphonies dites parisiennes de Haydn sous le Label Aparté. Parisiennes ? Car elles ont été commandées entre 1785 et 1786 par un mélomane parisien : Claude-François-Marie Rigoley, comte d’Ogny était l’un des promoteurs de la saison du Concert de la Loge Olympique. La Société Olympique qui a inspiré à Chauvin le nom de son ensemble était une saison de mélomanes « happy-few » de la société aristocratique de l’Ancien Régime.

Les symphonies parisiennes sont au nombre de six sur les 106 composées par Joseph Haydn. 106… il faut être absolument fan pour pouvoir, aux premières notes, les distinguer. Merci donc aux éditeurs d’avoir encouragé la création de surnoms pour quelques-unes de ces symphonies, même si c’est parfois en dépit du bon sens. La « Poule » caquette-elle ? Par Vraiment. « L’Ours » commence par un crescendo sautillant qui n’évoque en rien un animal puissant et lourd. Peut-être aussi à cause du choix de Julien Chauvin de ne pas utiliser de trompettes (suivant son analyse de la partition originale de 1787 qu’il a consulté à la Bibliothèque nationale de France).

Une version chic de La Marseillaise
Sous les doigts de ses musiciens, les quatre mouvements de la symphonique oursonne soulignent l’énergie de l’écriture, loin d’un « papa Haydn » (Papa ours ?) vieillissant et grognon comme on le dépeint souvent. Dans le premier mouvement « Vivace », Chauvin à l’art du crescendo/rituendo (qu’on pourrait traduire par « je fais monter la sauce et, hop ! je suspens l’intensité sonore au dernier moment pour attiser l’envie »). L’oreille est captive. Puis, presque frustrée par la distance choisie par le chef pour le deuxième mouvement « allegretto », elle se délecte d’autant plus dans le Menuet plus solennel… avant un Finale qui semble, dans cette interprétation, posséder quelques accents de danse populaires.

A cette symphonie l’ensemble a choisi d’associer des œuvres non signées par Haydn mais emblématiques de la symphonie concertante des années 1770-1800, années dont le Concert de la Loge a fait sa spécialité. La Symphonie concertante mêlée d’airs patriotiques de Jean-Baptiste Davaux a le mérite de vendre son contenu : un catalogue des airs de la Révolution Française. On reconnait « Ah Ca ira ! », « Cadet Rousselle », « Dansons la carmagnole » (chanson sanglante s’il en est) et une version chicissime de « La Marseillaise » où les violons solos de Julien Chauvin et Chouchane Siranossian révèlent leurs timbres splendides.

1789 est la date de composition de la Symphonie concertante de François Devienne, flutiste virtuose. A l’époque, nous rappelle Julien Chauvin dans le livret du disque, « l’auditoire pouvait manifeste sa satisfaction ou son mécontentement après les passages solistes à travers des cris, huées ou applaudissements ». Bien que la captation soit faite en situation (à l’auditorium du Louvre en 2017), pas de cris ni de hurlement mais de riches applaudissements après les solos de cor et de flute. N’hésitons pas à marquer plus fortement vos impressions lors d’un prochain concert du Concert de la Loge (toutes les dates sont ici).

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