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Nigel Kennedy : « Bach a tout, Gershwin aussi » Nigel Kennedy © Carly Hyde Full view

Nigel Kennedy : « Bach a tout, Gershwin aussi »

INTERVIEW – Rockeur ou classique qu’importe ! Nigel Kennedy n’a plus à faire la preuve de sa virtuosité, de sa capacité à naviguer entre les styles, de sa douce folie non plus. « Kennedy meets Gershwin », son dernier album (Warner) est dédié à George Gershwin, le compositeur qui défie toutes les cases, toutes les étiquettes. Avant « Bach meets Gershwin meets Kennedy », son concert événement au Théâtre des Champs-Elysées le 30 novembre 2018, il s’est confié sur son amour de la musique.

Avez-vous toujours aimé le jazz ?
Nigel Kennedy : mon dieu ! Déjà à 13 ans je sentais que je pouvais improviser. La musique classique ne me donnait pas de joie. Elle était trop strict et je n’y trouvais pas assez d’expression. C’était plus facile de trouver cela dans le jazz mais je n’aurai jamais pu pensé que le violon puisse être un instrument pour le jazz. Rencontrer Stéphane Grappelli violoniste de jazz, ndlr) m’a réveillé !

Pourquoi être devenu un musicien classique alors ?
N. K.: Je n’ai pas choisi. J’aimais aussi le classique mais bon, je jouais dans la rue. Et soudain, on m’offre de l’argent pour jouer dans des salles de concert. C’était génial ! Jusque là, je ne jouais que dans des petits clubs de jazz à New-York. Et puis quoi ? Il n’y a pas une si grande différence entre le jazz et le classique finalement, pour l’utilisation du violon en tout cas ! Lorsque je joue du violon électrique dans le rock, c’est un bien plus gros changement. Je sais parler la langue du violon, quel que soit les styles… j’ai même essayé la musique indienne et country mais je n’aime pas du tout ! Ce sont toutes des grandes musiques car des musique de la spiritualité.

En quoi Gershwin est-il un génie ?
N. K.: Dans ses oeuvres symphoniques, Gershwin assoie le jazz, le classique et le klezmer et réussit surtout à rendre cette formidable énergie de New-York, une énergie si particulière. Et dans les songs, plus que tout autre de sa génération – je pense à Cole Porter- Il sait combiner des éléments musicaux avec sa propre empreinte. Les chansons d’amour de Gershwin sont exceptionnelles en ce sens. Elles donnent ce sentiment que Gershwin veut nous transmettre sa propre expérience dans ses chansons. Ses chansons sont plus que des chansons d’amour : elles te font tomber amoureux !

Comment avez-vous fait votre choix dans le Gershwin Songs Book ?
N. K.: J’ai joué certaines d’entre elles avec Grappelli, comme Lady be good ou How long Has This Been Going On. J’ai le sentiment avec ce programme de visiter une ville dans laquelle je suis venu il y a 20 ans. J’ai aussi choisi d’autres chansons chantées par Ella Fitzgerald dont la voix est aussi pure que celle d’une chanteuse classique.

Une place pour l’improvisation lors du 30 novembre ?
N. K.: Énorme ! Mon groupe me suit ! Je leur donne juste des indications de rythme car, comme Grappelli je n’ai pas de basse. Cela demande une grande flexibilité.

Lors du concert parisien vous jouerez une pièce de votre composition. Qui est « le magicien de Dublin »?
N. K.: Une pièce inspiré de la nouvelle de Isaac Bashevis Singer sur le destin d’un magicien juif polonais au XIXe siècle. C’est un mélange d’éléments musicaux Juifs, klezmer, jazz… Comme Gershwin mais avec une structure plus ouverte, moins complexe que Gershwin. Je suis plutôt un compositeur mélodique.

La musique classique et l’improvisation sont rarement amies, non ?
N. K.: Mon père qui était le violoncelle solo de l’Orchestre Philharmonique de Londres ne savait pas bien lire la musique. La partition pourtant est essentielle pour communiquer. Pour « The Magician of Lublin » j’ai tout écris. Sinon je ne peux simplement pas dire quoi faire aux musiciens. Mais l’écriture doit venir après le ressenti. On doit apprendre à lire la musique avec des sentiments.

« Bach meets Gershwin meets Kennedy » est le titre du concert. Que ce passerait-il si Bach et Gershwin se rencontraient ?
N. K.: Ils feraient un match de lutte harmonique… dans la boue (rires). Ce sont deux génies de l’harmonie. Bach a tout : le rythme, l’architecture, l’harmonie. Gershwin aussi… et il a en plus les lyrics, le texte si pertinent, si génial.

… euh…
N. K.: Oui je sais, chez Bach aussi… mais bon le texte de La Passion selon Saint-Matthieu, c’est pas facile de rentrer dedans !

Vendredi 30 novembre 2018 à 20h au Théâtre des Champs Elysées (Production Grandes Scènes Musicalta)
Location : www.theatredeschampselysees.fr

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