Lucie Leguay: « Quand on est chef, on fait face à une micro-société » Lucie Legay © M.Baghali-Serres Full view

Lucie Leguay: « Quand on est chef, on fait face à une micro-société »

INTERVIEW. Alors que les femmes représentent moins de 5% des chefs d’orchestre,  le Philharmonie de Paris organisait le 23 novembre dernier, le premier tremplin à l’attention des jeunes femmes cheffes d’orchestre. Parmi six finalistes du monde entier, c’est Lucie Leguay, Lilloise de 28 ans, qui a retenu l’attention du jury.

Aujourd’hui, elle porte la double casquette de pianiste professionnelle et de cheffe d’orchestre. Mais c’est au piano que les premières ébauches de son avenir, se dessinent. Elle n’a alors que 3 ans.  Quelques années plus tard, en 2015, Lucie est diplômée du CRR de Lille. Elle décide de poursuivre en master de direction d’orchestre à la Haute École de Musique de Lausanne dans la classe d’Aurélien Azan Zielinski, dont elle est diplômée en juin dernier. Eclectique et dynamique, la jeune femme multiplie les prix internationaux et les projets originaux comme sa direction du Phonovisions Symphonic Orchestra, avec le DJ Wax Tailor en 2014. Une année charnière pour Lucie, puisqu’elle créé parallèlement l’Orchestre de chambre de Lille, avec une envie folle de « partager », son leitmotiv de toujours.

Avec une famille de pianistes, pourquoi vous êtes vous tournée vers la direction d’orchestre ?
Lucie Leguay : Le piano est un instrument de solitaire. On est tout seul dans un box à travailler huit heures par jour, notre professeur nous écoute puis on joue à l’audition, mais il n’y a pas énormément de partage. Ma première expérience en orchestre remonte quand j’avais 15 ans. Être mélangée dans cette masse sonore avec tous les musiciens qui bougeaient, c’était hyper vivant et ça m’a vraiment donné envie de faire de la musique collective.
Puis à 18 ans j’ai rencontré une personne qui a tout changé : Jean-Sébastien Béreau, professeur à Lille qui m’a ouvert les portes de la direction. Et depuis je n’ai pas arrêté !

Est-ce difficile aujourd’hui d’être une femme à la tête d’un orchestre ?
L. L. : Un chef d’orchestre, pour moi n’a pas de sexe. Après je sais que quand j’arrive devant un orchestre, il y a des interrogations, des remarques. Ce n’est pas habituel. Mais à partir du moment où on fait le travail et on est crédible, on ne se pose plus la question. Mais c’est vrai qu’il n’y a pas beaucoup de femmes en France qui sont cheffes d’orchestre titulaires. Souvent, elles sont cheffes invitées. Probablement parce que c’est encore dans la mentalité de ceux qui nous embauchent. J’espère que ça va changer, mais je trouve tout de même que les choses commencent à bouger. Rien qu’au Tremplin, nous étions une quarantaine de cheffes de toute l’Europe à candidater…

Justement, qu’est-ce qui vous a motivé à participer à ce Tremplin ?
L. L. : Au début, je n’étais pas trop pour. J’ai des amies cheffes d’orchestre qui n’ont pas voulu candidater par exemple, parce qu’elles ne cautionnent pas le principe de discrimination positive. Et au départ, j’étais de leur avis. Mais en même temps si on ne parle pas de ça, si on ne fait rien, il n’y a rien qui bouge. Il faut donc mettre son égo de côté, peu importe l’étiquette qu’on m’accolera : tout ce que je souhaite c’est travailler et montrer que nous les femmes, nous sommes crédibles à ce poste là.

Un bon chef alors, c’est quoi ?
L. L. : C’est un travail humain, on fait face à une micro société. Au-delà de l’aspect musical et technique, un bon chef selon moi, c’est un chef qui use de psychologie, met en valeur ses musiciens et connecte avec eux.

Suite à cette victoire, Lucie Leguay est en pourparler pour plusieurs concerts en 2019 avec l’Orchestre de Picardie, l’Orchestre national de Lille et l’Orchestre de chambre de Paris. En attendant, les Lillois pourrons retrouver Lucie Leguay en duo avec Lucie Hellebois (violon) au restaurant Alcide à Lille, jeudi 20 décembre, 21h. Plus d’informations sur la page facebook de l’OCL.

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