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Le jour où j’ai renié Michel Legrand (1932-2019)…

HOMMAGE par Séverine Garnier. Le compositeur français Michel Legrand est mort samedi 26 janvier. Hommage au créateur des chansons et des musiques des Demoiselles de Rochefort, de Lola, de Peau d’âne… et de deux Concertos pour piano et pour violoncelle.

« Voulez-vous du Mozart ? Voulez-vous du Stravinsky ? Voulez-vous du Jean-Sébastien Bach ?… Ou préférez-vous entendre du Michel Legrand » Ces mots chantés par les demoiselles de Rochefort soulignent toute l’ambiguïté de la relation qu’entretenait Michel Legrand avec la musique classique, et réciproquement.

Il y a dix jours encore, l’autrice de ces lignes discutait avec un de ses collègues du « milieu » de la musique classique. Ce grand amateur de baroque et de musique allemande évoquait avec un certain dédain une jeune femme « qui écoute les Demoiselles de Rochefort« . Je n’ai rien dit. Comme un Pierre, j’ai renié celui que j’ai adoré. Car oui, j’ai adoré les musiques de Michel Legrand, auteur des inoubliables chansons des Parapluies de Cherbourg, de L’affaire Thomas Crown ou des Demoiselles de Rochefort. J’ai adoré, j’ai chanté… j’ai même fait confectionner une copie de la robe de Solange Garnier, la soeur musicienne des Demoiselles… j’avais 20 ans !

La mort, ce samedi 26 janvier, à l’âge de 86 ans de ce compositeur de musiques de films, de ce jazzman, de ce pianiste, me rappelle les rapports ambigus qu’entretenait Michel Legrand et la musique classique.

Michel Legrand a été formé dans les années 1950 par la grande pédagogue Nadia Boulanger qui conseilla Stravinsky, forma Aaron Copland, George Gershwin, Philip Glass. Elle le considérait comme son plus brillant élève, « mais quand il jouait du jazz, elle le fusillait du regard », raconte Jean-Baptiste Urbain, producteur à France Musique qui a recueilli les souvenirs de Legrand sur cette époque.

L’amour de Legrand pour la musique classique transparait dans toute son œuvre : hommage à Stravinsky dans Les Demoiselles, références à la musique baroque et au clavecin dans Peau d’âne, etc. « Il a été capable d’écrire une fugue à quatre voix extrêmement brillante dans L’affaire Thomas Crown, souligne Jean-Baptiste Urbain. Et pourtant, malgré toute sa notoriété, malgré tous ses Oscars, il était toujours intimidé par le monde du classique. Et toujours en quête de reconnaissance, d’où peut-être ses collaborations avec la soprano Natalie Dessay… »

J’avais interviewé Michel Legrand à l’occasion de cette tournée Dessay/Legrand. Il était fatigué et bourru, n’avait pas envie de parler. Il s’était attendri seulement à l’évocation de sa soeur, Christiane, chanteuse à la voix extraordinaire qui lui a inspiré tant de chansons, dont celles de la fée des Lilas dans Peau d’âne. Il avait repéré Dessay grâce à sa femme Catherine Michel, ancienne harpiste de l’Opéra de Paris qui l’accompagnait sur scène. L’année suivante, Michel Legrand se séparait de Catherine Michel pour retrouver son amour de jeunesse, Macha Méril.

La quête de reconnaissance de Legrand avait sans doute motivé l’écriture à la fin de sa vie d’un Concerto pour piano et d’un Concerto pour violoncelle créé par le violoncelliste Henri Demarquette et enregistré par l’Orchestre Philharmonique de Radio France (Erato).

Ces deux concertos n’ont pas fait l’objet d’un article dans Classique mais pas has been car, si brillants soient-ils. Ils ne ressemblent pas à leur auteur. On y retrouve du Ravel, du Stravinsky, beaucoup de Gershwin mais peu de Legrand. Pas cette patte mélodique incomparable qui fait qu’on reconnait le « style Michel Legrand ». Ces chansons qui trottent souvent dans nos têtes. « Tout ce qui est bon en musique devrait pouvoir se siffler« , avait écrit Friedrich Nietzsche.

La chaîne ARTE rend hommage à Michel Legrand et va lui consacrer une soirée spéciale lundi 28 janvier avec, à 20h55 le film « Les parapluies de Cherbourg », suivi à 22h25 du portrait « Michel Legrand sans demi-mesure » de Grégory Monro (2018-53mn) qu’ARTE avait diffusé le 25 décembre 2018.

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