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Où sont les compositrices ? Barbara Strozzi (1619 – 1664) et le très beau disque d’Emöke Barath

CRITIQUE – La jeune chanteuse hongroise Emöke Barath nous fait découvrir la musique vocale de Barbara Strozzi, grande compositrice vénitienne du XVIIe siècle

Des femmes compositrices, on en connaît quelques unes. Des instituts de recherches en musicologie possèdent des programmes dédiés aux femmes mais il faut des artistes pour les faire connaître. Saluons le dernier disque (Erato) de la chanteuse hongroise Emöke Barath consacré à Barbara Strozzi (1619 – 1664). Luthiste et cantatrice virtuose du XVIIe siècle, Strozzi est l’une des compositrices les plus connues de l’époque baroque.

Barbara Strozzi anima la vie musicale à Venise ainsi que celle des cours des ducs de Mantoue et de Gonzague, les principaux mécènes de l’époque. Elle connu un grand succès, et c’est assez rare pour le souligner, elle était extrêmement soutenue par ses proches. Elle publia dès 1644 ses premiers livres de madrigaux, puis d’autres recueils de cantates, d’ariettes et de duos. Son seul ouvrage de musique sacrée date de 1655.

C’est notamment à Venise qu’est né l’opéra ! Il semble alors évident qu’une musicienne de la Sérénissime participe à son élaboration, et s’en inspire … Les airs de Barbara Strozzi décrivent, racontent, pleurent, rient, avec autant de virtuosité que de drame. Le sens du mot est important dans cette musique, comme cela était profondément désiré à cette époque, afin que nous puissions comprendre ce qui est raconté. Les vocalises, qui « brouillent » la compréhension ne sont présentes que lors que passages narratifs mineurs. Ce sont des airs très opératiques, composés dans un contexte d’expérimentations de la voix et de l’accompagnement, qui marque le début de la basse continue. Les deux éléments sont liés, les instruments soutiennent et colorent la voix, lui donnent plus de coffre, comme pourra l’être trois siècles plus tard le lied allemand de accompagné au piano !

Écoutons par exemple la Chaconne qui ouvre le disque de Emöke Barath et de l’ensemble Il Pomo d’or (Erato) : un air fameux, « Che si puo fare » nous transporte dans cette rengaine plaintive. La basse obstinée apporte des petits contre-chants délicieux qui nous réchauffent le cœur… Plus tard dans l’air « Voglio sì vo’ cantar », nous pouvons entendre des écritures différentes qui s’enchaînent très rapidement, ce qui donne à cet instant de virtuosité une valeur dramatique et narrative géniale !

Notons que ce disque fait entendre des airs de Barbara Strozzi mais également de son professeur Franceso Cavalli et de ses contemporains Antonio Cesti ou Merula, compositeur d’une célèbre chaconne !

De formation pianiste et harpiste, Emöke Barath commence le chant à l’âge de 18 ans à l’Académie Franz Liszt de Budapest puis au Conservatoire de Florence. Elle s’est vite tournée vers la musique ancienne, en chantant des rôles de Haendel, Bach, Mozart, Cavalli… et maintenant Strozzi ! Emöke Barath interprète ses airs avec autant de légèreté, de force et de retenu que nécessaire. Son timbre coloré et brillant se fond avec l’orchestre Pomo d’oro, dirigé par le chef Francesco Corti, dans un style très épuré. Découverte en 2013, Emöke Barath est encore peu connue en France.

https://www.youtube.com/watch?v=36WQ92oNIds

Emöke Barath et Il Pomo d’Oro « Voglio Cantar », chez Warner classics et Erato, 2019

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