CD – Nouveau rédacteur de Classique mais pas has been, Yannick Foratier a comparé deux versions du mythique Requiem de Mozart : celle du chef baroque René Jacobs parue récemment chez Harmonia Mundi et celle de Teodor Currentzis, que le label Alpha réédite ces jours-ci. On refait le match.

Certaines compositions ne connaissent jamais le repos éternel, chaque saison voyant apparaitre avec constance de nouvelles interprétations, tantôt audacieuses, tantôt animées d’un retour aux sources autoproclamé salvateur. Le Requiem de Mozart est d’autant plus touché par ces guerres de chapelles que la part purement mozartienne dans l’œuvre est réduite, Süssmayr, assistant de Mozart et élève de Salieri, ayant complété la majeure partie de la partition.

Les deux disques à l’écoute sont indéniablement à ranger dans la catégorie « audacieuse ». Ce n’est pas dans la direction ou dans le choix des solistes – sans grands reproches – que René Jacobs montre son originalité, mais dans la confiance qu’il porte à un jeune compositeur français, Pierre-Henri Dutron, pour réaménager les ajouts de Süssmayr. Les changements de composition, somme toute modestes, apportent souvent de l’équilibre dans l’orchestration ; ainsi le magnifique Lacrimosa, souvent trop massif dans les versions modernes et trop léger dans les versions chambristes, atteint ici un idéal, le quatuor de solistes et les chœurs œuvrant en eurythmie. Dès lors, c’est avec une certaine impatience que l’on attend la proposition plus profondément remodelée.

La version de Teodor Currentzis (voir son portrait ici), parue originalement en 2011 et ici en réédition, reprend quasiment dans son intégralité la partition enrichie par Süssmayr mais rompt avec toute tradition, que ce soit dans l’effectif particulièrement réduit de l’orchestre et du chœur, dans les tempi choisis mais également dans l’effacement des solistes, même si la soprano Simone Kermes livre ici une remarquable prestation. Le résultat est cohérent et on ne cesse de s’étonner de l’incroyable précision et du dynamisme de l’ensemble. Certes, les partisans d’un Requiem ample et grandiose, d’une procession lente et majestueuse vers la mort ne se retrouveront pas dans cette version intimiste et dopée au Prozac. Les ronchons pourront également se montrer sous leurs jours de colère en questionnant l’esprit mozartien de l’interprétation tant Currentzis s’éloigne parfois des appuis et temps musicaux originaux. Mais gageons qu’une fois avoir écouté cette version, il vous sera bien difficile de ne pas y revenir, attiré par sa lumière éternelle.

Requiem de Mozart, Freiburger Barockorchester, Rias Kammerchor, René Jacobs, Harmonia Mundi et
Requiem de Mozart, MusicAeterna, The New Siberian Singers, Teodor Currentzis, Alpha Classics

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