COMPTE-RENDU – L’opéra de Lyon avait promis « un spectacle de Noël exceptionnel » pour cette fin d’année 2018. Il a choisi un opéra de Haendel, mis en scène par Claus Guth : Rodelinda n’est pas vraiment une gentille bluette musicale ! 

Depuis le 15 décembre, les spectateurs affluent à l’opéra de Lyon pour y voir Rodelinda, la dernière pièce de l’année présentée comme «un spectacle de Noël exceptionnel». A dire vrai, si cet opéra de Haendel, mis en scène par Claus Guth, est en effet remarquable, les thèmes traités n’auront pas nécessairement l’effet de vous donner du baume au cœur et de vous aider à vous mettre dans un esprit de fête.

La mort et la souffrance sont les fils rouges qui entachent le blanc décor d’une maison pivotante à deux niveaux. L’amour et la joie n’y sont que les miroirs de la haine et du désespoir. Pour autant, cette effusion lyrique qui tend davantage vers le malheur que la félicité relève d’une catharsis relativement efficace, relevée d’une pointe de burlesque. 

Heureusement, quand le poids des mots devient trop lourd, l’Orchestre de l’Opéra de Lyon dirigé par Stefano Montanari est là pour permettre au spectateur de s’évader. Le tourment des personnages est suivi de près par le tumulte des instruments, composé de flûtes, hautbois, basson, cors, violons, clavecin et archiluth, lesquels apportent une respiration et une finesse fort appréciables.

Un vaudeville noble

Rodelinda (la soprano Sabina Puértolas),  subit dès le début sa destinée et sa tragédie : reine de Lombardie, elle porte le deuil de son mari Bertarido (Xavier Sabata) vilement assassiné, du moins c’est ce qu’elle croit. S’ensuivront de multiples querelles et rebondissements, tantôt face au traître et régicide Grimoaldo (le ténor Krystian Adam), le duc ambivalent Garibaldo (la basse Jean-Sébastien Bou) ou encore la sœur impétueuse de Bertarido, Eduige (Avery Amereau, mezzo-soprano), et le valet complice Unulfo (Christopher Ainslie, contre-ténor). Au point que le spectacle prend par moments des airs de vaudeville.

Un vaudeville noble bien entendu, mais où les portes et talons qui claquent se mêlent à de la vaisselle cassée. L’un des autres rôles principaux est celui de Flavio, enfant de Rodelinda et Bertarido, qui est à la fois le témoin de tout ce qui se trame, et dont le rôle et la souffrance restent muets, renvoyant doublement à l’étymologie du mot « enfant », qui ne peut parler. Ses dessins et mimiques prennent toute leur force.

Une adaptation d’adaptation

Le spectateur ne trouve pas le temps de s’ennuyer, malgré les trois heures de représentation, et trouve même le temps de rire. Rodelinda n’est pas supposé être un opéra-bouffe ni même une tragi-comédie. Le choix des costumes et des décors opéré par Christian Schmidt renforce sans doute une certaine distanciation par rapport à la gravité de la pièce : smokings pour les hommes, tailleurs modernes et robes longues pour les femmes.

Peut-être que l’auteur dont Haendel s’est inspiré, qui n’est autre que Corneille (et son œuvre Pertharite), n’aurait pas trouvé à son goût cette adaptation d’adaptation. Qu’importe puisque l’opéra est réussi avec un jeu délicat et bien équilibré. Des qualités que n’ont pas manqué de souligner les spectateurs par leurs chaleureuses ovations. L’opéra de Lyon a bien mérité le prix du « Best Opera Company 2017 ». 

A Réécouter sur France Musique dans « Dimanche à l’opéra » présenté par Judith Chaine.

Rodelinda, jusqu’au 1er janvier à l’Opéra de Lyon. Tarifs : de 10 à 108 euros, en italien sous-titré. En coproduction avec le Teatro Real de Madrid, le Liceu de Barcelone et l’Opéra de Francfort