COMPTE-RENDU NON IDENTIFIE – Pour Objet Sonore et Scénique Non Identifié à la Cité de la musique de Paris le 8 janvier 2019. Encore en apparition dans plusieurs contrées de France. Courez-y !

20H, métro porte de Pantin, ligne 5, sortie 1 : deux flux composés essentiellement de parisiens s’avancent vers la musique. Le premier rejoint la Philharmonie de Paris, le second la Cité de la musique. Habituellement, ces deux flux sont bien distincts. Mais, en ce 8 janvier, un quidam fait vaciller les lignes, oscillant d’une file à l’autre, montrant une démarche mi-exaltée, mi-contrie. La quarentaine entamée, il a l’air gauche, ce quidam, et intello. Il tient deux billets à la main, un billet pour chacune des deux salles. Pourquoi avait-il pris ce billet pour la Cité ? Bien évidemment, il ne peut que se diriger vers la Philharmonie, vers l’idole de ses années de conservatoire, le pianiste avec qui il a découvert la Pathétique, la Pastorale, la Waldstein, l’Appasionata, et partagé ses premiers émois amoureux avec l’A Thérèse : Daniel Barenboim. Mais ce quidam, en plus d’être gauche et intello, a la manie de ne pas faire les choses comme tout le monde. Thérèse l’avait bien compris, repoussant ce gamin qui préférait Beethoven à Téléphone. « Pas question d’écouter de la musique sonorisée » disait-il du haut de ses 15 ans. A 42 ans, il n’a plus tout à fait cette précaution, mais c’est encore avec un certain remords que ce quidam entre dans la Cité de la musique.

Il entre en douce et en impie dans cette salle où se produit une chanteuse (et compositrice) de variétés. Oh ! Certes, pas n’importe quelle chanteuse de variété : Claire Diterzi. De la variété ? Pas vraiment, pense-t-il aujourd’hui. Mais adolescent, notre quidam aurait refusé à cette musique l’adjectif « savant », comme beaucoup d’autres auditeurs du concert de ce soir à la Philharmonie. La résidence de Claire Diterzi à la Villa Médicis en 2010 avait d’ailleurs déjà déclenché une protestation de professionnels de la musique sous forme de lettre ouverte s’inquiétant du « désintérêt pour l’art non directement rentable au profit d’une production artistique qui, séduisante par essence, a la faculté de mettre tout le monde d’accord sans aucun effort ». Comme si bien annoncé dans cette lettre, le quidam entre ce 8 janvier dans le piège de la séduction. Séduction de la voix de Diterzi, en premier lieu, dont la maîtrise, si elle n’était le fruit de considérables efforts, tiendrait du génie. Séduction de la composition, ensuite : non, Claire Diterzi ne monte pas d’un demi-ton la tonalité à la fin de ses chansons ! Séduction des percussions, également, dont l’inventivité n’enlève en rien à leur musicalité : scotché est notre quidam devant la progression harmonique des morceaux pour bisous et verres en cristal. Séduction, enfin, face à la prise de risque consistant à associer à cette joyeuse bande un chœur d’enfants et surtout un contre-ténor lyrique, Serge Kakudji. Habitué des grandes salles européennes, tels l’Opéra de Versailles ou le Teatro Real de Madrid, il est aujourd’hui affublé d’un microphone et il s’en sort très bien.

Sur le moment, le quidam ne se demande pas pourquoi cette séduction opère. Un peu plus tard, sur le chemin du retour, debout dans une rame du métro de la ligne 5, il comprendra qu’un spectacle de Claire Diterzi, c’est l’aboutissement d’une réflexion approfondie sur un thème qui fait par la suite l’objet d’une « mise en arts ». Celui de ce soir, L’arbre en poche, est une ode à la nature pas vraiment bien-pensant, basé sur le roman fantastique Le Baron Perché d’Italo Calvino. Il associe musique, comédie et acrobatie avec un humour parfois provocateur et corrosif, parfois potache. Un spectacle total. Adolescent, notre quidam l’aurait appelé « théâtre musical ». Demain, il en parlera comme d’un «opéra». Toujours cette manie de ne pas faire les choses comme tout le monde.

Au disque
L’arbre en poche, Claire Diterzi, composition et voix, Serge Kakidji, voix, Alexandre Pallu, comédie, paru chez Le Garde Le Chi en janvier 2018

En concert
Le 5 février 2019 au Théâtre du Vellein CAPI à Villefontaine
Le 27 février 2019 au Théâtre de l’Hotel de Ville du Havre
Le 1ier mars 2019 au Théâtre Quartier Libre d’Ancenis
Le 16 mars 2019 à La Barbacane de Beynes