CRITIQUE – L’ensemble Contraste nous présente dans son nouveau disque des pièces d’un compositeur breton oublié, pianiste et professeur au Conservatoire de Paris : Eugène Anthiome.

Eugène Anthiome (1836/1916), compositeur et pianiste français du milieu du XIX° siècle, est passé dans les oubliettes jusqu’à ce qu’un homme, Michel Léger, retrouve ses partitions dans la cave d’une maison qu’il venait d’acheter ! Le compositeur, présenté dans ce disque comme auteur de musique de chambre et de mélodies, a obtenu en 1861 le Second Grand Prix de Rome, qui distingue des artistes talentueux dans toutes les disciplines. Si cette récompense est prestigieuse, elle est peu encline à mettre à l’honneur l’innovation ou l’avant-gardisme. Ainsi, Maurice Ravel, élève d’Anthiome, a échoué cinq fois* ! Ceci explique sans doute l’oubli dans lequel certains lauréats sont tombés. Ce disque nous prouve cependant qu’ils peuvent avoir été des compositeurs de musiques magnifiques.

L’ensemble Contraste, fondé en 2000 et qui aime à parcourir différents styles musicaux, a ici choisi de nous présenter quelques unes des pièces de ce compositeur retrouvé  : des romances dans un style romantique et des pièces de musique de chambre dont un Grand Trio pour piano, violon et violoncelle, genre très apprécié par les compositeurs français du XIX° siècle – Fauré, Chausson, et Ravel en ont notamment écrit un. Nous écoutons ici une musique foisonnante marquée par une diversité de timbres et de motifs. Elle raconte une histoire de telle sorte que nous pouvons l’imaginer en petit opéra instrumental. Le piano de Johan Farjot est solide et supporte les envolées lyriques du violon et du violoncelle, sans oublier de converser avec eux. Les trois instruments sont complices et se complètent dans une belle énergie.

Anthiome était familier des salons parisiens, dont son père, ténor, était la coqueluche. Les romances sont donc un genre qu’il connaît bien ; la voix chaleureuse d’Ambroisine Bré, Révélation classique de l’ADAMI 2017, nous transporte avec de belles mélodies illustrant des textes touchants. Une musique simple et reposante, mais très travaillée : Eugène Anthiome est un compositeur oublié mais dont les pièces sont de très grande qualité. Le travail archéologique de musiciens comme ceux composant l’ensemble Contraste est salutaire. Qui sera le prochain retrouvé ?

Au disque
Eugène Anthiome, Ensemble Contraste et Ambroisine Bré, Contraste Production, 2018

En concert
Vous pouvez retrouver l’ensemble Contraste dans un programme très différent (Joséphine Baker, Paris mon amour) au Musée d’Orsay à Paris le jeudi 11 avril 2019

Redécouvrez l’interview perchée d’ Arnaud Thorette, violoniste et directeur artistique de l’ensemble Contraste :

*Maurice Ravel a nourri beaucoup d’espoirs concernant le Prix de Rome. Il le tentât une première fois en 1900, mais il échoua après l’épreuve préliminaire, l’épreuve de fugue. En 1091, il obtint le Second prix, il n’alla donc pas à la Villa Médicis. Il échoua en 1902 et en 1903, mais en 1904 il ne préféra pas renouveler l’expérience. Enfin, en 1905, il dû s’arrêter à nouveau après l’épreuve de fugue.